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1936 - 1939, Le cinéma pendant la révolution Espagnole :
Ni Hollywood, ni Moscou !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux sites
consacrés au cinéma et à l'anarchisme :

CIRA

Anarcho-Punk !

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


Film de fiction produit
par la CNT

 

 

 

 

Le défi était de réaliser des longs métrages techniquement comparables aux américains et supérieurs par leur contenu aux films soviétiques.
P.A. Paranagua

Le cinéma documentaires et de fictions était déjà une arme de propagande bien avant 1936, c'est donc tout naturellement que dès juillet 1936, les forces politiques et syndicales se sont emparées de cet outil.
Les syndicats -surtout la CNT- produiront plus de 230 documentaires d'actualités & courts métrages de fictions et environ 25 longs métrages.
Les fictions de long métrage de la guerre d'Espagne ne manquent ni d'originalité, ni de qualité, poutant elles ne sont pas restées dans l'histoire du cinéma, à l'inverse des films sur la révolution Russe, nottamment ceux d'Eisenstein. Il est vrai que la majorité de la production cinématographique soviétique a été réalisée après 1921, c'est à dire à la fin de la révolution Russe : le cuirassée Potemkine a été réalisé en 1925 et Octobre en 1929. Pour l'Espagne de 1936, c'est l'inverse. La plus grande part de la production date des années 1936-1939. Il est temps de les re-découvrir.

La plupart des reportages sur les différents points du "front", donnent une part égale aux combats et à l'activité sociale et culturelle des collectivisations libertaires.
Certains longs métrages n'ont été achevés qu'après la libération de la France (en autres l'Espoir tourné en 1938, achevé en 1945), d'autres sont restés enterrés dans les archives franquistes pendant quarante ans.
Il existe quelques films où fictions et reportages se mêlent : dans Castilla se liberta, un comédien "professionnel" joue le rôle de Buenaventura Durruti aux cotés de Cipriano Mera qui lui interprète son propre personnage.

Comme les autres industries, c'est l'ensemble de la filière "cinéma et théâtre" qui est socialisée par les syndicats CNT et UGT :
- L'appareil de production avec la compagnie SIE-Film (Barcelone) ou les sociétés "Spartacus" et SUICEP à Madrid.
- Les studios de Montjuich (Barcelone) sont contrôlés par la CNT.
- La distribution avec le contrôle de deux cent salles à Barcelone et à Madrid.

A Barcelone, la commission technique du syndicat (CNT - SIE film) est dirigée par Miguel ESPINAR, (guichetier du cinéma Ramblas) et Marcos ALCÓN. Elle installe rue Caspe ses bureaux, un studio, trois salles de montage et une petite salle de projection.
Le syndicat instaure l'égalité sociale.
Les recettes hebdomadaires sont partagées égalitairement (et en fonction d'un coefficient lié aux heures travaillées) entre :
- acteurs, techniciens, projectionnistes, musiciens, cyclistes (qui transportent les bobines de salles en salles),
- aux militants du syndicat partis sur les fronts ;
- "hommes" et "femmes".
Une autre partie des recettes est re-distribuée en priorité aux réfugiés (une clinique est contrôlée par le syndicat) ou à l'école primaire des enfants de salariés du spectacle (Grupo escolar de Espectaculos publico). Les billets d'entrée sont frappés du timbre syndical bicolore (rouge et noir). Les pourboires, les reventes de billets, les imprésarios,… sont interdits.

Miguel Espinar

Les habitants de Barcelone vont au cinéma dans les salles Michel Bakounine (Coliseo) ; Francisco Ferrer y Guardia ; sur la via Durruti (ancienne Gran Via) se trouve la salle Durruti , la salle Francisco Ascaso se situe rue Vergara.
A Madrid le syndicat unique -le SUICEP(1)- est cogéré par la CNT et l'UGT.

Après mai 1937, le syndicat de Barcelone continuera son œuvre malgré les directives du comité national de la CNT et la passion destructrice du ministre communiste de la Generalitat de Catalogne, Juan Comorera. Il veut imposer la production soviétique et éradiquer une activité de propagande autogestionnaire lui échappant.

Cette activité aura des répercussions dans le monde du cinéma international. Eroll Flynn (avec d'autres : Duke Ellington, Clark Gable, Marlène Dietrich) viendra soutenir ses camarades et compatriotes engagés dans les brigades internationales. Un groupe d'artistes anti-fascistes New-Yorkais produira quelques films de propagande :
- Tierra de Espana (Spain Earth 1937), film d'inspiration communiste, réalisé par le Hollandais Joris Ivens, les commentaires sont d'Ernest Hemingway et avec la collaboration d' Orson Welles ;
- Avec la Brigade Abraham Lincoln qui regroupait une partie des combattants nord-américains.
A Los Angeles, Hollywood ne pourra se défaire de ses bons sentiments (lutte contre le fascisme) et des pressions du capitalisme, résultat : un ou deux mélos à "l'eau de rose".
Au Mexique (seul pays refusant de reconnaître le gouvernement de Franco) plusieurs reportages seront réalisés sur la nécessité d'accueillir les réfugiés arrivants par bateaux.

En France, dans la Belle équipe une allusion est faite aux évènements espagnol. Les reportages, les documentaires et les longs métrages produits par la CNT serviront à de très nombreuses soirées de soutien à l'Espagne antifasciste. En 1936-1937, SIA organise plusieurs dizaines de "projections privées" en banlieue parisienne réunissant de 500 à 1000 personnes chacune. Ces réunions permettent de récolter des fonds, etc.

Billet d'entrée au cinéma Paris à Barcelone

Parmi les réalisateurs libertaires nous ne connaissons que peu de camarades, parmi eux :
* Armand Gerra, son vrai nom est José Estivalis Calvo.
Il est né à Valence, le 4 janvier 1886. Son passage au séminaire en fait un athée convaincu. Anarchiste à 20 ans, il part en France et participe à la création de La Coopérative du cinéma du peuple (fondée par la CGT française) pour laquelle il réalise plusieurs films dont deux viennent d'être retrouvés à la cinémathèque de Paris : Le Vieux Docker et La Commune. Réalisateur, il est aussi acteur dans ses films. Dans les années 20, il travaille à Berlin, alors capitale du cinéma européen, pour les studios de l'U.F.A. à Babelsberg jusqu'à son expulsion en 1932. A nouveau en Espagne, il tient la chronique de sa propre expérience, ses articles regroupés constituent un point de vue original sur le conflit espagnol : À travers la mitraille (2).
Ce livre raconte les premiers mois de la guerre et de la révolution en Espagne. Le 18 juillet, A. Gerra rejoint les locaux de la CNT dont il est membre afin de prendre ses ordres : il doit terminer son film afin de ne pas mettre au chômage les travailleurs engagés sur le tournage. Sitôt terminées les quelques scènes manquantes, il part avec une équipe de camarades couvrir les débuts de la guerre.
Eté 1936, il réalise sa dernière fiction, Carnes de fierra avant de combattre sur le front.
Le 10 mars 1939, épuisé, il meurt à Paris. Il laisse sa femme et sa fille, seules dans la capitale. La chape de plomb des histoires officielles franquiste et stalinienne escamote complètement ce parcours exemplaire.
* Adrien Porchet, cinéaste suisse.
Il participe à la réalisation de nombreux reportages et documentaires sur les combats et les réalisations en Aragon. A la défaite du camp antifasciste, il retourne en Suisse et cède une partie de ces archives au quotidien US le Hérald Tribune. Il raconte ses souvenirs à Michel Froideveaux en 1981 : Cinéaste sur le front d'Aragon. (3)

Pour Emmanuel Larraz (4), la production libertaire est marqué par un violent anti-cléricalisme l'exaltation de la dignité ouvrière, la conscience que se jouait en 1936 en Espagne le sort de l'Europe et de temps en temps d'un sens de l'humour absent des autres productions "politiques".

Durant la dictature, les liens tissés pendant les années "rouges et noires" serviront à la résistance intérieure de la CNT. Les salles de cinéma étant un des rares endroits à ne pouvoir être visitées par la police franquiste, elles servent de lieux de transit et de stockage de matériel de propagande (notamment aux frères Sabate).

Après la défaite, la "guerre d'Espagne" a inspiré plusieurs long métrages : l'Espoir (tiré du livre de Malraux qui a été commencé en 1937) ; Mourir à Madrid documentaire stalinien réalisé par F. Rossif (1966) ; Pour qui sonne le Glas ; Land et Freedom (Ken Loach) ; Libertarias (film espagnol inspiré par le mouvement Mujères Libres 1996) ; L'Ombre Rouge de J.-L. Comolli (l'action se passe en 1937 en France) ; Et vient l'heure de la vengeance qui s'inspire de l'histoire de Francisco Sabate.

Côté documentaires et archives, Un autre Futur, film en quatre parties de Richard Prost qui retrace l'histoire de la CNT du début du XXè siècle à la mort de Franco. Ortiz, un général sans dieu ni maître : une longue interview d'un des membres du groupe Nosotros (Ariel Camacho, Phil Casoar, Laurent Guyot). Enfin, NO Pasaran, album souvenir (Henri François Imbert) un documentaire scénarisé sur la base d'une dizaine de cartes postales.

Affiche pour un film produit par la SUICEP : Castille libertaire

Aujourd'hui les films et documentaires de cette époque sont de nouveaux disponibles. Par exemple :

  • Los Aguiluchos de la FAI por tierras de Aragon.(Adrien Porchet & P. Wescheuk). Documentaire, sur la colonne Durruti, existant en plusieurs versions.
  • Espana graphica : Actualités cinématographiques produit par la CNT à Barcelone (30 numéros environ)
  • Aurora de esperanza (Antonio Sau Olite) 1937
  • Bajo el signo libertario (Felix Marquet, Angel Lescarboure) documentaire-fiction sur les réalisations libertaires en Aragon
  • Ayuda a Madrid
  • La batalla de Farlete (Adrien Porchet)
  • Estampas guerreras numero UN (Armand Guerra)
  • Nosotros sommos asi ! (Valentin R Gonzales et Jaime Piquer)
  • La columna de Hierro hacia Terruel
  • Barrios bajos (Pedro Puche Luis Elias)
  • Haci nacio una industria et El acero libertario
  • Etc.

Wally Rosell

(1) SUICEP : Sindicato Único de la Industria y Espectáculos Públicos et FRIEP : Federación Regional de la Industria Cinematográfica y los Espectáculos Públicos.
(2) Eglise-Neuve-d'Issac Fédérop, 1996 ; traduction Vincente Estivalis-Ricart..
(3) Propos recueillis par Michel Froidevaux (Edition Noir) ce texte est disponible au Cira, au Cda et sur le site internet Increvables anarchistes.
(4) Emmanuel Larraz, Le cinéma espagnol des origines à nos jours.

Qui était Armand Guerra ?


Autres articles :
Armand Guerra cinéaste anarchiste ; Cinéaste militant sur le front d'Aragon interview d'Adrien Porchet ;
le Cinéma du Peuple ; Jean Vigo ;

1936, à la veille de la révolution ;
Le 9 juillet 1936, le Front populaire choisit les Jeux Olympiques d'Hitler plutôt que les Olympiades populaires de Barcelone
;

18 et 19 juillet 1936, la riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet 1936 dans les Asturies ;
Eté 1936, la défense de Madrid (vue par Cipriano Méra) ;

L'autogestion et la construction d'une société libertaire :
La CNT et l'éducation ; Amposta village collectivisé (Catalogne)
Les collectivisations en Espagne (A. Souchy) ; Calenda : le communisme libertaire en Aragon ;
les coopératives dans les collectivités libertaires en Aragon 1936 1939 ;
Gaston Leval et l'Espagne libertaire
; Principes et enseignements des collectivisations (G. Leval)
Les industies collectivisées (Vernon Richard) ;
Pourquoi les taxis de Barcelonne sont-ils rouges & noirs ? ;
Mujeres libres (femmes libres) ; Portraits de femmes anarchistes ; Femmes dans la guerre et dans la révolution ;
Les FIJL et la révolution (Fédération ibérique des jeunesses libertaires) ;
1936/19.., Estampe de la révolution Espagnole (témoignage d'une femme dans la tourmente révolutionnaire).
l'industrie du spectacle socialisée à Barcelone (témoignage de L. Mercier Véga) ;

le Syndicat des dessinateurs profesionnels de Barcelone (SDP UGT) ;
Eléments biographiques sur ceux qui ont donné des couleurs à la révolution espagnole ;
Guerre ou/et Révolution en Espagne 1936 - 1939 ?
Mai 37 : la contre révolution stalinienne ; la Tchéka en Espagne ; les fossoyeurs de la révolution ? ;
les milices anarcho-syndicalistes, la militarisation et la discipline ;
la Colonne Durruti ; Ortiz un général sans Dieu, sans Maître ;
Structure et organisation de la Colonne de Fer (Columna de hierro) ;
Le Plénum des colonnes confédérales et anarchistes Février 1937 ;
A propos du film de Ken Loach "Land et Freedom" ;
1937, les crimes staliniens en Aragon (Gaston Leval) ;
Lettre ouverte à la Camarade Frederica Montseny, avril 1937 (C. Berneri) ;

Biographies :
Camillo Berneri et Francisco Barbieri ; Buenaventura Durruti ; Jose Ester Borras et le "réseau d'évasion Ponzan" ;
Mohamed Sail : la kabylie libertaire ?
Ramon Acin, artiste anarchiste espagnol fusillé par les franquiste en juillet 1936 ;

A lire :
Les anarchistes à l'écran (Bulletin du CIRA entièrement consacré au cinéma) ;
Le cinéma et la Révolution Espagnole (
brochure des Editions Réflex) ;
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire) ;
L'espagne libertaire (Revue La Rue N° 37) ; Hommage à la Catalogne (G. Orwell) ; Collectivité à Calenda (Editions de la CNT) ; Autogestion et Anarchosyndicalisme (F. Mintz) ; Bonaventura Durruti (Abel Paz) ; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon Richard) ;
Mujeres Libres
(Edition du Monde libertaire) ; les anarchistes espagnols (José Peirats)
Le communisme libertaire (Isaac Puente) ; Ils ont osé !
(Edition du Monde libertaire)
;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)

A voir, à écouter :
Ortiz un général sans dieu ni maître (Vidéo) ; Un autre futur de Richard Prost (en quatre parties) ;
A la barricadas : enregistré à Barcelone été 1936 (1,1 Mg)

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