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Le
rôle des coopératives dans les collectivités en Aragon
1936 - 1939 |
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La
coopérative du Peuple :
Bien que les Collectivités
soient l'objet principal de cette étude, il convient de porter
une attention spéciale à la coopérative. C'est cette
institution qui permit de coordonner, de la manière la plus égalitaire
possible, les relations économiques entre tous les habitants de
la contrée. Hélas, ce modèle exemplaire de la coopérative autogérée par tout le peuple a été peu étudié, bien qu'il ait été un des organismes les plus précieux de cette période. C'est la coopérative, en effet, qui facilita le passage à une économie socialisée sans léser personne et servit même, en de multiples occasions, à renforcer l'amitié et l'entraide. Il convient de signaler que
dans quelques localités - très peu nombreuses- où
100 % de la population faisait partie de la collectivité, c'était
celle-ci qui contrôlait et dirigeait la production ainsi que la
distribution et qui se chargeait du développement économique
de la commune. Dans les autres villages, où 50, 60 ou 80 % des
habitants étaient membres de la collectivité, on créa
la coopérative pour que les uns et les autres puissent s'approvisionner
selon leurs besoins, et cela à égalité de conditions
selon les règles établies dans chaque localité. La
coopérative fonctionnait, tout comme la collectivité suivant
le régime des assemblées, dans lesquelles tous les habitants.
jouissaient de la même faculté d'intervention, sans discrimination
d'aucune sorte. Il faut également dire, pour bien situer chacun à sa place qui lui revient, que si les individualistes participaient par leur aide à la fourniture de vivres pour le front, en revanche ils ne contribuèrent pas aux nombreuses innovations qui furent menées à bien, comme l'installation du courant électrique dans les diverses agglomérations et le téléphone dans d'autres, améliorations que les collectivités firent pour leur compte, sans rien demander aux autres habitants bien que chacun ait ainsi bénéficié de ces services. De la même façon, quand à Binéfar, on construisit un hôpital à l'initiative des collectivités et avec la contribution du canton, cela se fit sans la contribution des individualistes. Cependant, quand ceux-ci eurent besoin de ses services, ils furent soignés avec la même attention que les autres malades membres des collectivités. A lui seul, ce fait, exemple de solidarité à l'égard des détracteurs du système, met bien en évidence les sentiments de compréhension et de tolérance qui inspiraient généralement le projet collectiviste et en même temps la fausseté de la campagne diffamatoire qui se déchaîna contre lui en s'appuyant sur des critères qui furent bien loin d'être objectifs et désintéressés. Mais revenons à la coopérative. Dans la zone et la période qui nous occupent, cet organisme fut créé dans presque tous les villages grâce aux collectivistes, lesquels mirent à l'épreuve leur initiative pour procéder aux ajustements économiques que la période exigeait. Parce que, s'il est vrai qu'en Aragon il y a eu depuis longtemps des coopératives, spécialement dédiées à la consommation, elles furent toujours de peu d'importance et vécurent peu de temps. C'est lorsque éclata la guerre civile et que fut aboli le commerce spéculatif à l'initiative des collectivités que sa nécessité fut vivement ressentie par tous - individualistes et collectivistes - face à la nécessité impérieuse d'articuler les échanges économiques à l'intérieur et à l'extérieur de la région, de façon à permettre la prévention et le contrôle de toute opération spéculative ou frauduleuse.
Il est important de signaler que si ce sont bien les collectivistes, comme on l'a déjà dit qui proposèrent et dynamisèrent la coopérative ; tout ce qui, une fois cet organisme créé, allait relever de son fonctionnement serait l'uvre de ses membres réunis en assemblées, dans lesquelles tous avaient la parole sans nulle discrimination et où on élisait les hommes ou les femmes du Conseil d'administration, élection qui pouvait échoir - comme cela arriva en de nombreuses occasions à des individus qui n'appartenaient pas à la collectivité. Il était également
dans l'intention des collectivistes de fédérer les coopératives
pour pouvoir disposer d'une fédération régionale
- à leurs yeux, l'organe coordinateur par excellence afin d'orienter
l'économie du la Région. Mais on manqua de temps pour cela
et c'est pourquoi la fédération régionale des Collectivités
qui se chargea je cette tâche. La fonction de la coopérative
se réduisit donc à l'échelon strictement local, son
principal objectif étant l'ordonnancement économique de
sa localité. On utiliserait dans ce but les procédés
qui seront exposés dans les lignes suivantes. Au moyen de ce registre d'entrées et de sorties, on pouvait connaître, à tout moment le solde, positif ou négatif, de chaque entité familiale et, en même temps, sa capacité de production et de consommation en regard de la planification la plus rationnelle, aussi vite qu'il était nécessaire et chaque fois qu'on le jugeait utile. Quand il s'agissait ensuite de planifier les cultures, de réguler les échanges et de développer les troupeaux ou d'organiser au prorata l'envoi de vivres sur le front, on pouvait connaître rapidement les possibilités de chaque famille -y compris la collectivité- et établir les critères les plus justes. Mais, à toutes ces possibilités il faudrait en ajouter d'autres qui ne sont pas de moindre importance pour une société qui veut s'ouvrir à la liberté par la solidarité et le plus grand respect entre les membres qui la composent. C'est ainsi que, si la coopérative fut si utile pour le développement économique, elle le fut encore plus comme école d'apprentissage de la vie en commun. En effet, grâce à l'impératif des échanges économiques qui réunissait en son sen, collectivistes et individualistes, les deux secteurs se rejoignirent dans ses assemblées où, par le truchement du dialogue, ils purent se connaître mieux et ouvrir des voies inédites à la coopération solidaire. C'est ainsi que, comme, cela fut démontré là où les villages s'organisèrent le mieux, autour de la coopérative se tissèrent des liens de confiance et d'amitié qui éliminaient les divergences et les inquiétudes, les uns et les autres se débarrassant des vieux préjugés des luttes politiques passionnées qui, analysées à fond, apparurent manquer réellement de fondement aux yeux, plus critiques qu'autrefois, de ces travailleurs aragonais, Il est démontré que les coopératives servirent de lien entre les habitants de chaque commune et que, grâce à elles, les individualistes contribuèrent à l'édification d'une économie socialisée sans que leur indépendance constitue pour autant un obstacle : comme on ne pouvait acheter de terres ni spéculer sur leurs produits, il était impossible d'accumuler des richesses ni d'exploiter qui que ce soit. L'entraide se manifesta de multiples manières. Entre individualistes par exemple, qui s'aidaient aux travaux des champs, se prêtaient des animaux de trait, mettaient en commun certaines machines comme des égraineuses à maïs, des moulins, des nettoyeuses à blé, etc., et à d'autres moments entre eux et la collectivité, pour la réalisation de travaux importants : réparer des chemins, nettoyer des canaux, construire des digues sur les rivières, faire des réparations dans les écoles. De nombreuses personnes voyaient avec admiration le développement de la collectivité et auraient fini par la rejoindre. Si quelques-unes ne le firent pas, ce fut -d'après un aveu que j'ai pu recueillir moi-même- par fidélité à certains partis qui leur déconseillaient de se mêler aux révolutionnaires de la CNT. Mais en matière de solidarité, les collectivistes voulurent aller plus loin en fédérant les collectivités pour constituer la fédération régionale -organe coordinateur de tout le mouvement collectiviste de la région- pour étendre l'aide à tous les cantons qui en avaient besoin. Ainsi se trouvait structuré le communisme libertaire que beaucoup d'entre eux prônaient et qui leur permettrait, en respectant la liberté des petits propriétaires, d'opter pour le régime de leur préférence, d'empêcher la résurgence du salariat -et, avec lui, de la division de la société en classes- et de l'injustice, et en même temps d'en finir avec la spéculation du marche libre, évitant ainsi l'inflation à laquelle n'échappèrent pas, comme tout le monde le sait, les autres régions espagnoles. Ainsi, malgré la résistance forcenée que certains politiciens ambitieux, le Parti communiste et le gouvernement lui-même, opposaient avec un bel ensemble aux collectivités, celles-ci perdurèrent en Aragon jusqu'à la défaite finale et tinrent avec une grande dextérité la barre de l'économie. Les coopératives -comme on l'a dit plus haut- n'ayant encore pu se fédérer, les échanges économiques extra-régionaux, que ce soit avec la Généralité de Catalogne, avec les collectivités industrielles de cette région ou avec celles des campagnes de Valence, furent menés à bien par nos collectivités à travers leur fédération régionale avec l'approbation des Comités cantonaux et après accord de leurs assemblées.
À la pulsion mercantiliste du commerce privé -qui engendre spéculation, inégalité de distribution, inflation économique et privilèges-, avait succédé la coopération, que ce soit au travers de la coopérative au plan local ou au moyen de la fédération régionale des Collectivités pour les échanges d'intérêt régional ou extra-régional, transformant la distribution en un service au contenu égalitaire et donnant à l'économie d'Aragon une traduction nouvelle de la sécurité et de la justice. C'est ainsi que, malgré les désastres de la guerre et la convulsion sociale qui l'accompagna, les prix des produits ne bougèrent pas dans notre région quand, dans le reste de la zone républicaine, ils atteignirent des sommets. Un exemple : un pain qu'on payait soixante centimes en 1936 monta à vingt pesetas en 1938; en Aragon, son prix resta le même. Pour l'échange de nos produits -huile, viandes, sucre, fruits, fourrage, etc.- contre les divers articles qui nous arrivaient d'ailleurs comme les tissus, les machines, les produits chimiques ou autres, le critère utilisé était au début toujours le même, c'est-à-dire que nous valorisions chaque produit selon les prix en vigueur Ln juillet 1936. Ainsi, nos échanges avec l'extérieur furent très simples pendant les premiers mois. Ensuite, pour des raisons hélas évidentes, les difficultés s'accumulèrent, et l'heureuse expérience ne put se prolonger jusqu'à l'épreuve finale de la guerre. Cela mis à part, il
vaut la peine de retenir la valeur inestimable de ce fait singulier :
malgré la saignée de la guerre et grâce à la
coopération économique, l'Aragon ne connut ni les effets
de l'inflation ni les fluctuations fâcheuses auxquelles est irrémédiablement
soumise toute économie de marché. Felix
Carasquer (1905-1993), Après avoir découvert les travaux des rénovateurs de la pédagogie, il fonde une école du soir et une bibliothèque dès son retour, en 1927, dans son village natal. Une fois instaurée la Seconde République, il contribue, avec quelques autres, à faire d'Albalatee une des places fortes de la CNT. L'échec de la tentative insurrectionnelle de fin 1933, lancée en réponse à l'accession de la droite au pouvoir, le contraint à chercher refuge à Lérida. En 1935, alors qu il vient de perdre la vile, il fonde, avec ses frères Francisco et José, l'école Eliseo Reclus dans le quartier de Las Corts, à Barcelone, où on met en pratique les principes d'une pédagogie libertaire. Le déclenchement de Ia guerre civile le ramène à nouveau à Albalate de Cinca, où il participe à l'expérience des collectivisations paysannes et crée l'école de militants de Monzon. Après la défaite,
Félix Carrasquer connaît les camps d'exil d'Argelès Hormis le livre cité
plus haut, il laisse plusieurs brochures et quelques livres sur les expériences
auxquelles il participa. Dans d'autres ouvrages dont Marxismo o autogestion,
il aborde des questions plus doctrinales Il est également l'auteur
de contes pour enfants (Flor de loto) et d'une pièce de théâtre,
El triunfo de la pandilà.
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en Espagne 1936 - 1939
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