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24 août 1944, les anarchistes et les anti-fascistes espagnols libèrent
Paris ! Louis Stein témoignage et interview réalisés en août 1944 et 2004. |
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Si les guérilleros
espagnols ne sont pas aussi nombreux dans le Nord que dans le Sud, leur
présence se fera clairement sentir lors des combats de la Libération
qui commencent en juin 1944. Cependant, sur ce théâtre des
opérations, ils sont rejoints par leurs frères qui se battent
sous l'uniforme français: ceux qui s'étaient engagés
dans la Légion étrangère ou qui s'étaient
enfuis en Angleterre après la défaite française,
en 1940. Après avoir lutté contre l'Afrika Korps du général
Erwin Rommel, ils se sont préparés à envahir la France.
En été 1944, ils retourneront dans ce pays, aideront à
le libérer, puis pénétreront en Allemagne. même. Des Espagnols sont disséminés
dans toute la 2eDB, mais ils prédominent surtout dans le régiment
d'infanterie du Tchad et dans la 9e compagnie de chars du 3e bataillon.
Putz, un vétéran français des Brigades internationales
commande le 3e bataillon et Raymond Dronne, la 9e compagnie. Pour les
officiers français, apparemment, cette dernière affectation
"n'était pas de la tarte" : avant la sélection
de Dronne, plusieurs d'entre eux l'avaient refusée. "A vrai
dire, écrit celui-ci, la compagnie inspirait de la méfiance
à tout le monde et personne ne voulait en prendre le commandement."
Si le capitaine Dronne est finalement choisi, c'est parce qu'il parle
couramment l'espagnol, a passé beaucoup de temps en Espagne avant
la guerre et, facteur peut-être plus important encore, est entré
dans la Résistance dès le début. La plupart des Espagnols
sont anarchistes, un certain nombre d'entre eux, socialistes et modérés.
Quand la 9è compagnie débarque en Normandie au début
du mois d'août 1944, elle compte cent quarante-quatre Espagnols.
Seuls seize d'entre eux survivront à la traversée de la
France, puis à celle de l'Allemagne. Le 4 avril 1944, la 2èDB
embarque à Casablanca pour l'Angleterre. Bien qu'elle n'ait pas
été spécialement désignée pour envahir
la Normandie, elle débarque en France du 31 juillet au 4 août.
Presque aussitôt, elle engage le combat. Le 7 août, elle déplore
son premier blessé : Andrés Garcia, touché par un
éclat de bombe. La 2èDB, qui est rattachée au corps
d'armée commandé par le général américain
Gerow, commence à monter sur Paris, le général de
Gaulle ayant reçu du général Omar Bradley l'assurance
qu'on laisserait à la division l'honneur d'entrer la première
dans la capitale. Mais les Américains tardent à donner le
feu vert aux Français. Leur stratégie préconise des
mouvements enveloppants par le nord et le sud de Paris. Menacés
d'encerclement, les Allemands seraient alors forcés d'évacuer
la ville sans combat. Pour le général Dwight D. Eisenhower,
la prise de la capitale était prévue pour les premiers jours
de septembre. Impatient, Leclerc ne cesse de demander qu'on lui permette
de foncer. Le 21 août, alors qu'il se trouve devant Argentan, il
est informé que la Résistance, qui s'est soulevée
à Paris le 18 août, livre de violents combats dans toute
la ville. De sa propre initiative, il envoie sur Paris un fort détachement
de reconnaissance, mais ce mouvement est stoppé par le général
Gerow. Le 23 août, la 2èDB atteint Rambouillet, à
200 kilomètres de la côte normande et à 50 kilomètres
seulement des portes de Paris. Selon Dronne, le 24 août, à
19 heures 30, le général Leclerc vient lui demander pourquoi
son unité s'est arrêtée. Quand Dronne lui explique
que le général Gerow veut qu'il garde sa place dans la ligne,
Leclerc répond : "On n'est pas obligé d'obéir
à des ordres stupides." Il prend Dronne par le bras et pointe
sa canne en direction de la capitale : "Filez directement à
Paris et entrez-y ", ordonne-t-il. Si j'ai bien compris, réplique
le capitaine, je dois éviter toute distraction, n'accorder aucune
attention à ce que je pourrais rencontrer en chemin. Leclerc acquiesce.
Passez par n'importe quel moyen, ajoute-t-il. Il faut absolument entrer
dans Paris. Dronne a raison de supposer que le but de cette manuvre
est plus psychologique que militaire. Elle est destinée à
remonter le moral de la Résistance dans la ville. Il fallait que
la population voie la seule armée française dans la région
et sache qu'ils étaient les premiers Alliés à pénétrer
dans la capitale. Comme avant-garde, Dronne choisit les sections de half tracks espagnols commandées par le lieutenant Ellas et le sergent Campos. Son adjoint, le lieutenant Amado Granell, dit que l'unité était composée de 22 chars et de 120 hommes, A 20 heures 20, elle entre dans Paris par la Porte d'Italie où le capitaine Dronne se place lui-même à la tête de la colonne. Ensuite, celle-ci avance rapidement dans les rues et arrive à 21 heures 33 à l'Hôtel-de-Ville. Les premiers chars qui atteignent la place sont conduits par des Espagnols. Selon Granell, ils s'appellent Guadalajara, Teruel, Madrid et Ebro. Dronne est reçu par Georges Bidault, président du Comité national de la Résistance, Daniel Mayer, Joseph Laniel, Georges Marrane et Léo Hamon, membres du Comité. Dans leurs récits de la libération de Paris, Robert Aron et Adrien Dansette assurent tous deux que ce sont des chars français qui ont atteint l'Hôtel-de-Ville les premiers. Aron cite un tank nommé Romilly, Dansette en ajoute deux autres : Montmirail et Champaubert. Écrivant en 1947, Dansette n'accorde aucun crédit aux nombreux rapports concernant des soldats espagnols qui se meuvent avec l'avant-garde dans les rues de Paris. Il affirme qu'en réalité, ces hommes sont des Marocains. Dans une note de bas de page, il ajoute, non sans malice : Nous tenons ici un parfait exemple de la façon dont naissent les fausses nouvelles. Le capitaine Dronne, cependant, est catégorique : "Des half-tracks portant des noms espagnols et conduits par des Espagnols de la 9è compagnie furent les premiers à entrer dans Paris et à atteindre l'Hôtel-de-Ville", affirme-t-il. A un certain moment, après que les véhicules de tête ont occupé des positions défensives sur la place, Dronne pénètre dans le bâtiment pour converser avec les chefs de la Résistance. Une foule immense envahit la place, grimpe sur les chars et félicite les tankistes. Soudain, un tireur isolé envoie une balle à l'intérieur de l'Hôtel-de-Ville. Quand il sort, Dronne remarque que l'équipage de l'Ebro, délivré de ses admirateurs, qui ont fui au premier coup de feu, a déjà pris position contre une attaque éventuelle des Allemands. Les résistants F.F.I. qui vont et viennent dans l'ombre, note-t-il plus loin, rendent les Espagnols nerveux et vigilants: leur longue expérience des combats de rue leur fait craindre une attaque surprise. Léo Hamon, qui s'est précipité dehors pour saluer l'arrivée des chars, s'entretient avec leurs équipages. " Ils ne parlaient pas très bien le français, rapporte-t-il. C'étaient des républicains espagnols engagés dans la division Leclerc. " Décrivant le détachement d'avant-garde qui stationne sur la place, le lieutenant Granell relève que les chars portent des noms espagnols inscrits sur leurs flancs. Le sergent-chef Jesus Abenza écrit qu'avant d'entrer dans Paris, le général Leclerc avait dit aux Espagnols qu'il les voulait à la tête de la colonne, que c'étaient eux qui conduiraient l'armée de libération. Abenza se rappelle également que pendant le trajet de la porte d'Italie à l'Hôtel-deVille, la foule les avait accueillis aux cris de " Vive la France! " Quand on leur dit que les tankistes sont espagnols, ils crient "Vive les Espagnols !" Plusieurs chars arborent un fanion de l'Espagne républicaine et, lorsqu'ils atteignent la place, Abenza met en place le premier canon nommé El Abuelo "Le grand-père". L'insurrection de Paris a déjà commencé le 18 août ; l'arrivée de l'avant-garde de la 2è division blindée, suivie, le lendemain du gros de la division et de la 4è division américaine, alimente la bataille de Paris. Plus de 4 000 Espagnols participent au soulèvement et jouent un rôle important dans les combats qui ont lieu place de l'Opéra, place de la Concorde, place de la République, à l'École Militaire et dans d'autres quartiers de Paris. Très souvent, ils se joignent à la 2e division blindée et participent à l'assaut de nids de résistance allemands au Luxembourg et aux Invalides. Dans le quartier de l'Étoile, un guérillero nommé Pacheco fait prisonniers douze Allemands à l'hôtel Majestic. Plus tard, il s'empare d'un certain nombre d'armes aux Invalides et les distribue aux résistants. José Baron, chef des guérilleros espagnols sur la rive droite de la Seine, meurt dans la bataille qui se déroule place de la Concorde. Un autre partisan espagnol, Trigomas, tue six défenseurs au Sénat et s'empare de leurs armes. Charles Tillon note que les guérilleros se battent dans toute la ville. Un groupe d'Espagnols dirigé par un ancien instituteur, Julio Hernandez, occupe l'ambassade espagnole et remplace le drapeau nationaliste par un drapeau républicain. Ces opérations se déroulent dans le cadre du mouvement continu de la Résistance dans le Nord, mouvement qui s'était accéléré avec les débarquements alliés. Entre le 11 avril et le 30 septembre 1943, La Défense de la France dénombre presque 500 actions distinctes de résistance. 278 d'entre elles sont dirigées contre le système ferroviaire. D'autres missions comprennent la destruction d'écluses, de réseaux téléphoniques, de dépôts de munitions et d'usines. Ce journal clandestin rapporte que 950 allemands ont été tués, 1 890 blessés. Plus de 220 collaborateurs français sont tués ou blessés. En Normandie et en Bretagne, les Espagnols qui avaient travaillé pour l'organisation Todt ont formé de nombreux groupes de résistance (*) . En Bretagne et dans d'autres régions, les guérilleros font sauter cinq transformateurs, une gare et un centre de triage et une partie d'un terrain d'aviation à Saint-Jacques-de la Lande (Ille-et-Vilaine). Pedro Flores tue un officier allemand, revêt son uniforme et entre dans un cinéma exclusivement réservé aux Allemands. Il y a fait éclater une bombe, blessant un grand nombre de spectateurs. Le 8 juin 1944, il est arrêté, torturé et tué par la Gestapo. A Saint-Malo, en Bretagne, les ouvriers espagnols de Todt détruisent le réseau électrique de leur zone de travail. En novembre 1943, le groupe de Saint-Malo est décimé par la Gestapo, mais l'unité est réorganisée par un groupe de travailleurs espagnols évadés de l'organisation Todt dans l'île de Jersey. Extrait de : Par
-delà l'Exil et la mort. Les républicains espagnols en France.
A l'occasion
des cérémonies de la libération de Paris de 2004,
Vous êtes un des
premiers soldats de la division Leclerc qui, il y a soixante ans, ont
participé à la libération de Paris. Au moment de
la célébration de cet anniversaire, à quoi pensez-vous
d'abord ?
24 Aout 1944, Pierre Crénesse,
le reporter radio envoyé par la radio clandestine du 37, rue de
l'Université,
radio de la Libération de Paris. Tout feu et flamme, il se met
à interviewer, sur le parvis de l'Hôtel de Ville, ces Français
bien de chez nous, venus de si loin pour libérer la "mère
patrie" et s'entend répondre : Señor, soy español
("Monsieur, je suis espagnol"). En Angleterre, début
1944, ils vont baptiser leurs half-tracks de noms espagnols. Les anarchistes
de la Nueve veulent en appeler un "Durruti", les communistes
militent pour "La Pasionaria".
"Cette guerre européenne qui commença en Espagne ne pourra se terminer sans l'Espagne." A. Camus, le 7 septembre 1944 in Combat. Autres
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