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Le
17 juillet un quarteron de Généraux (dont F. Franco) se
soulèvent aux Canaries.
Le 18 juillet l'appel au soulèvement militaire est diffusé
dans toute la péninsule, le 19 juillet la contre offensive ouvrière
(CNT & UGT) renverse la situation dans les grands centres urbains
: Barcelone, Madrid, Bilbao, Valence, ...
Ainsi commence au choix la guerre civile espagnole ou la révolution
sociale.
La journée du 18 juillet
s'écoula très lentement dans une chaleur lourde, étouffante,
qui rendit l'angoisse de l'attente encore plus pesante. Un client, qui
nous achetait le journal tous les jours, nous déclara, tout en
jetant un coup d'il à la première page : Ce que
je ne comprends pas, c'est pourquoi les militaires sortent toujours de
leurs casernes la nuit.
La question resta en suspens sans qu'aucun d'entre nous ne se hasarde
à en faire le moindre commentaire. En effet, pourquoi ne sortaient-ils
pas de leurs casernes à n'importe quelle heure du jour ?
Vers midi, quelqu'un passa au kiosque et nous dit qu'il avait appris "de
bonne source" que la garnison de Séville était descendue
dans la rue et avait déclaré l'état de guerre. Les
heures continuèrent
à s'écouler lentement sans que rien ne laisse augurer un
changement de situation. Vers les sept heures du soir, alors que nous
nous apprêtions à fermer le kiosque, un gars du POUM (Parti
ouvrier d'unification marxiste) vint nous annoncer, très nerveux
: L'attente est finie. Cette nuit, ils descendent.
Il nous lança un "salut" d'une voix forte et enthousiaste,
puis il s'éloigna à grandes enjambées.
Mon ami et moi, nous nous
regardâmes d'un air interrogateur. En principe, nous devions retourner
dans notre quartier où les gars se retrouvaient tous les jours.
Mais pourquoi ne pas faire un tour du côté du centre-ville
pour voir ce qui se passait ?
Nous optâmes pour cette dernière solution, mais nous pûmes
soin de bien mettre notre carte de la CNT dans notre poche, car le bruit
avait couru qu'en cas de distribution d'armes, on exigerait la présentation
de la carte syndicale. En arrivant sur les célèbres Ramblas,
nous les trouvâmes pleines de monde. Les gens formaient des groupes
qui discutaient de l'incertitude de la situation en faisant circuler toutes
sortes de rumeurs confuses, d'autant plus aisément que l'information
diffusée par la radio était des plus chiches.
Tout devenait rumeur, exagérée ou pessimiste, car chacun
se demandait avec quelles armes on allait s'opposer à la troupe
maintenant qu'il était évident que la Generalitat
ferait tout sauf armer le peuple.
Francisco Ascaso peut avant sa mort
Mon copain me proposa d'aller
voir au Syndicat des transports, sur la Rambla de Santa Monica, situé
en face de la caserne de Atarazanas, presque au bout de la célèbre
avenue. En arrivant, nous vîmes que plusieurs camarades montaient
la garde devant la porte, interdisant l'accès au local dans lequel
devait sans doute se tenir une réunion d'information. Nous apprîmes
par la suite que notre supposition était exacte et que les informateurs
étaient les membres du Comité local de défense, quasiment
au complet, avec Durruti et Garcia Oliver, les membres restants s'étant
rendus dans d'autres lieux pour y remplir la même mission. En résumé,
l'information consistait à prévenir les camarades que le
gouvernement refusait d'armer le peuple et que, comme on était
sûr à présent que le moment crucial de l'affrontement
était pour cette nuit, on demandait à chacun de se procurer
une arme par n'importe quel moyen, en attaquant des armureries ou de toute
autre façon. Nous approchâmes d'un des groupes qui étaient
en train de se former devant l'entrée du syndicat, sur la chaussée.
Nous entendîmes quelqu'un qui disait :
Quel culot il a cet Escofet quand même (il s'agissait du commissaire
général de l'Ordre public de Barcelone), d'envoyer un capitaine
au syndicat pour réclamer les fusils que le marin Yagüe a
réussi à piquer dans les navires marchands ancrés
dans le port.
- Oui, mais Durruti
lui en a donné pour son grade au capitaine des gendarmes. Si bien
qu'il est reparti la queue entre les jambes et, paraît-il, dans
une humeur telle qu'il aurait déclaré à son supérieur
qu'il ferait mieux d'aller tenter sa chance lui-même. Escofet a
dû penser qu'il avait intérêt à ne pas bouger
de la préfecture de police, Via Layetana, où sa sécurité
au moins était assurée.
Mon copain et moi, nous contemplions
la scène les yeux brillants.
Nous quittâmes l'esplanade de la Rambla de Santa Monica pour remonter
en direction de la place de Catalogne; mais en arrivant à la hauteur
de la rue Fernando, nous tombâmes sur un groupe de jeunes gens qui
sortaient de l'armurerie Berintany avec des fusils de chasse et quelques
revolvers. C'étaient les premiers ouvriers que nous voyions armés,
maîtres enfin de la rue, car aucun agent de police ne tenta de s'opposer
au cambriolage et encore moins de désarmer les garçons.
Nous assistâmes ensuite aux premiers instants marquants de ce 19
juillet en voyant descendre des automobiles sur lesquelles étaient
peintes les lettres CNT-FAI, et qui klaxonnaient sans arrêt les
six initiales tout au long des Ramblas. La situation était devenue
irréversible. Le peuple, mal armé, mais plein d'ardeur,
était prêt à faire front à toute éventualité.
Nous continuâmes à
déambuler, remontant et descendant les Ramblas dans l'attente que
se produise l'événement à la fois espéré
et redouté. Il devait être deux ou trois heures du matin
quand nous entendîmes des ouvriers dire qu'à la Generalitat,
on était en train de distribuer des armes. Nous les suivîmes
dans la rue Fernando jusqu'à la place Sant Jaime où se trouvaient
-et se trouvent encore- le palais de la Generalitat de Catalogne et l'Hôtel
de Ville de Barcelone, l'un en face de l'autre. La place était
pleine de monde. Le palais de la Generalitat était cerné
par un cordon de gendarmes chargés de le protéger et d'empêcher
qu'on ne le prenne d'assaut. Le vacarme était énorme et
les cris qui fusaient de la foule réclamaient tous la même
chose : des armes ! des armes ! des armes !
Je ne saurais dire, pas plus aujourd'hui qu'à l'époque,
combien de gens s'étaient rassemblés sur cette place, mais
ce dont je suis sûr c'est que, comme on dit chez nous : on n'aurait
pas pu y glisser une âme de plus.
Dans les rues
de Barcelone, sur le bus une banderole appelle à la mobilisation
pour Zaragosse
C'était une belle nuit
étoilée.
La lune brillait haut dans le ciel et il soufflait une brise qui rafraîchissait
ce suffocant mois de juillet. Cependant, personne ne regardait les étoiles;
des centaines d'yeux étaient fixés sur le balcon de la Generalitat
tandis que les voix, rauques à force de crier, continuaient à
exiger des armes !
On supposait que le président
de la Generalitat finirait par apparaître au balcon pour tranquilliser
le peuple en l'assurant qu'on distribuerait des armes le moment venu.
Tous les présents avaient été témoins de l'échec
de la tentative de Lluis Companys, quand, faisant confiance à ses
troupes, il avait proclamé la République catalane à
l'intérieur d'une Espagne fédérale le 6 octobre 1934.
Sa rébellion contre le gouvernement central de Madrid avait duré
quelques heures à peine et Companys, abandonné par les siens,
avait dû se rendre au général Batet, chef militaire
de Barcelone. Il fallait éviter que le même scénario
ne se répète : si on n'armait pas immédiatement le
peuple, les militaires fascistes allaient déclencher une Saint-Barthélemy
et instaurer leur dictature.
Parmi les manifestants, le
bruit courut que Durruti avait lancé un appel aux ouvriers du port
de la Barceloneta, leur demandant de se rendre sur la place de Sant Jaime
afin de faire pression sur Companys et, au cas où celui-ci refuserait
de céder, de prendre le palais d'assaut. je ne savais trop que
penser de tout ça, mais j'avais néanmoins le sentiment que
si le président de la Generalitat continuait à refuser d'armer
le peuple, on courait à la catastrophe. Je ne me souviens pas de
l'heure qu'il était exactement. Par les haut-parleurs installés
sur la place pour que l'on puisse écouter les informations émises
de temps à autre par Radio Barcelone, on entendait des appels au
calme... que personne ne voulait plus entendre tandis que tous les regards
se concentraient sur le balcon auquel apparut, un bref moment, Companys,
faisant des gestes avec les mains comme pour apaiser la multitude. Quand
le président se fut retiré dans son bureau, le silence tomba
sur la place et l'on ne perçut plus qu'une rumeur de fond. Quelqu'un
à côté de moi regarda sa montre: il était cinq
heures du matin; et à cet instant précis, le speaker de
la radio annonça d'une voix tremblante :
Citoyens de Barcelone, à l'heure où je vous parle, les
troupes d'infanterie de la caserne de Pedralbes viennent de sortir de
leur enceinte et de se mettre en marche dans l'avenue Diagonal en direction
du centre- ville. Chacun à son poste.
Nous échangeâmes des regards angoissés, nous demandant
ce que voulait dire ce "chacun à son poste".
À quel poste ? Pour faire quoi ?
Mais la voix du speaker s'était à peine éteinte dans
les haut-parleurs que montait le hurlement des sirènes des navires
ancrés dans le port, d'abord timidement puis de plus en plus fort,
rejoint par celui des sirènes des mille fabriques de textile qui
jalonnaient les quartiers ouvriers de Barcelone.
C'était un moment tragique.
Plus personne ne demandait d'armes, personne ne disait mot, le silence
s'était abattu comme par enchantement, signe de l'angoisse qui
paralysait toutes les gorges. Les sirènes continuaient à
déchirer l'air de ce matin de juillet. Nous savions tous que ce
hurlement était le signal convenu par les comités de fabrique
pour avertir les Barcelonais que l'heure tant anxieusement attendue était
arrivée. Les gens se poussaient du coude les uns les autres, faisant
mine de vouloir prendre d'assaut le palais de la Generalitat que l'on
supposait contenir des armes. Les gendarmes qui montaient la garde voyaient
par moments l'espace qui les séparait de la foule se rétrécir
dangereusement. Il se produisit alors une chose véritablement insolite
: l'un des gendarmes qui tenait son mousqueton à l'épaule
tourna les yeux vers son arme, puis son regard glissa le long de son côté
droit, jusqu'à la cartouchière à laquelle était
fixé son revolver; un éclair d'intelligence dut alors lui
faire comprendre qu'il avait une arme de trop et, rompant la discipline,
il dégaina son revolver et le tendit à l'ouvrier le plus
proche. Les autres gendarmes l'imitèrent et en un clin d'il,
trois cents personnes se virent ainsi armées. Les chanceux se frayèrent
un chemin parmi la foule et dévalèrent la rue Fernando en
direction des Ramblas. La multitude se dispersa et la place resta déserte.
Lluis Companys, enfermé dans son bureau, se retrouva dans la solitude
de son pouvoir délégitimé par l'acte spontané
des gendarmes, lequel servit de détonateur à la révolution
prolétaire en marche. En effet, la révolution avait commencé.
sur les barricades.
Peuple
contre armée
En quelques instants, la topographie
urbaine de Barcelone changea. Un peu partout, on commença à
élever des barricades avec les pavés des rues. Sur les Ramblas,
au milieu même de la place Arc du théâtre, on dressa
deux imposantes barricades, l'une tournée vers le port, l'autre
vers la place de Catalogne. À l'angle formé par les deux
barricades s'installa le centre dirigeant de la résistance à
l'insurrection militaire. Là je pus voir les membres du Comité
de défense de la CNT-FAI donner des ordres à des militants
qui s'empressaient d'aller les exécuter, Il fallait déjouer
la tentative de putsch en élaborant une contre-stratégie
: marcher sur la ville, proclamer l'état de guerre et occuper les
centres de pouvoir.
Il était difficile
d'établir avec exactitude les effectifs de la garnison militaire
de Barcelone car, comme on était en été, on avait
accordé de nombreuses permissions de vacances, et encore plus difficile
de savoir sur quels appuis civils comptaient les factieux. Toutefois,
en totalisant les cinq casernes d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie
établies dans la ville, on pouvait estimer le chiffre des soldats
à une dizaine de milliers, plus les renforts que ces derniers étaient
susceptibles de recevoir en provenance des gardes civils, lesquels, d'après
les bruits qui couraient, étaient divisés entre ceux qui
demeuraient fidèles à la République et ceux qui avaient
choisi de rejoindre la sédition.
Quant aux forces contrôlées par le Comité de défense
CNT-FAI local, elles s'étendaient à la grande masse des
ouvriers inscrits à la CNT, mais sans armes. On ne pouvait réellement
compter que sur les groupes de militants de la CNT concentrés dans
les huit comités de défense de district ou de quartier entre
lesquels ils étaient répartis, et les groupes anarchistes
(FAI). Seuls ces militants possédaient quelques armes, peut-être
une centaine de revolvers de divers calibres, à peu près
autant de fusils et de bombes de fabrication artisanale. Pour que ce modeste
arsenal fût de quelque efficacité, il fallait imaginer une
stratégie qui multipliât son effet.

Le Comité de défense
avait mis au point le stratagème suivant: laisser les troupes avancer
jusqu'au centre-ville sans les attaquer, puis élever des barricades
sur leurs arrières afin d'empêcher leur repli dans les casernes.
Les groupes d'ouvriers chargés d'accomplir cette mission investirent
les égouts et les tunnels du métro ; c'est ainsi qu'ils
se déplacèrent à travers la ville jusqu'à
parvenir sur les arrières de l'ennemi et ériger rapidement
des barricades. Cette stratégie révolutionnaire atteignit
son but. Les soldats furent harcelés du haut des toits et de derrière
les barricades.
L'objectif était d'obliger les soldats à gâcher le
maximum de munitions dans l'idée qu'une fois leurs réserves
épuisées, ils se rendraient d'eux-mêmes. Mais il était
évident que les choses n'allaient pas marcher comme sur des roulettes;
en fait, on s'attendait bien à avoir à se battre, comme
cela n'a pas manqué d'arriver sur la place d'Espagne et dans le
Paralelo, voie dont les rebelles s'efforcèrent d'assurer la maîtrise
afin de pouvoir contrôler le port maritime et la base d'hydravions
qui s'y trouvait. On stoppa également l'avance es troupes sur a
place de Catalogne, au carrefour de l'avenue Diagonal et du Paseo de Gracia,
dans la rue Claris et sur le quai le long de la place du Palais.
Là, les ouvriers du port de la Barceloneta réussirent à
arracher des mains des artilleurs de la caserne des Docks deux ou trois
pièces d'artillerie. Cela se passait vers dix heures du matin,
moment où des centaines d'ouvriers encerclèrent la caserne,
empêchant les soldats d'en sortir. La nouvelle de la victoire courut
comme une traînée de poudre parmi les défenseurs des
barricades, Un docker nommé Lecha, un type de quelque deux mètres
de haut, s'empara d'un des canons et, avec l'aide d'autres travailleurs
du port, le tira jusqu'au Paseo de Colon. De là, ils tirèrent
sur le bâtiment de la Capitainerie générale, siège
de l'état-major des rebelles. À midi, les militaires du
Paralelo étaient vaincus grâce à l'intervention d'un
caporal d'infanterie qui tua d'un coup de fusil le chef qui les commandait.
Après cela les soldats fraternisèrent avec le peuple et
de nombreux fusils passèrent aux mains des ouvriers, de sorte que,
bien que le rapport des armements restât inégal, le pouvoir
prolétaire se renforçait considérablement.
À partir de treize heures, toutes les forces populaires se concentrèrent
sur les Ramblas et aux abords de la place de Catalogne, face à
la troupe qui s'était retranchée dans le central téléphonique
et l'hôtel Colon, afin de donner l'assaut final aux deux derniers
réduits qui résistaient encore. C'est alors que tous ceux
qui se trouvaient là virent surgir de la rue Fontanella, sans que
quiconque sache d'où ils sortaient, une compagnie de gardes civils,
avec leur tête le colonel Escobar.
Nul ne s'opposa à leur passage et les gardes prirent position sur
la place de Catalogne avec l'intention manifeste de marcher sur l'hôtel
Colon. Aussitôt et comme par enchantement, les militaires cessèrent
le feu tant à l'hôtel Colon qu'au central.
Il y eut un moment de flottement parmi les ouvriers qui restèrent
comme paralysés, car personne ne savait réellement si les
gardes civils venaient au secours des assiégés ou pour faire
cause commune avec le peuple. Cependant, la situation s'éclaircit
rapidement. Durruti, qui se trouvait parmi ceux qui assiégeaient
le central téléphonique, donna l'ordre de se lancer sur
l'édifice, lequel ne tarda pas à tomber entre leurs mains,
les factieux ayant hissé le drapeau blanc. C'est ainsi que les
ouvriers se rendirent maîtres du central téléphonique.

Les soldats retranchés
dans l'hôtel Colon hissèrent eux aussi le drapeau blanc et
se rendirent aux gardes civils. C'est alors que l'on comprit que l'intervention
de ces derniers était destinée à empêcher les
ouvriers de lyncher les chefs et officiers de l'armée qui avaient
contraint les soldats à tirer contre le peuple. Tout cela se passait
entre quatorze et quinze heures en ce 19 juillet, heure à laquelle
on pouvait donner pour avortée la tentative de putsch. Les combats
avaient duré une douzaine d'heures.
Mais pour en finir réellement,
il fallait s'emparer de la caserne d'Atarazanas, sur la Rambla Santa Monica,
juste en face du gouvernement militaire, dans laquelle se trouvaient encore
pas mal d'officiers en train de tirer sur le peuple.
À seize heures trente,
le général Goded, chef du soulèvement militaire,
qui avait été conduit prisonnier au palais de la Generalitat,
fit, à l'instigation de Lluis Companys, la déclaration suivante
sur les ondes de Radio Barcelone: Soldats, le sort m'a été
contraire et je me trouve prisonnier. je libère donc tous ceux
qui m'ont suivi de leur engagement à mes côtés.
Après la déclaration
du général Goded, ce fut le sauve-qui-peut général.
Les officiers et responsables assiégés dans leurs casernes
négocièrent leur reddition ou prirent la fuite comme ils
purent.
La première caserne qui tomba aux mains des ouvriers fut celle
de Pedralbes, qui fut immédiatement rebaptisée du nom de
Mikhaïl Bakounine. Comme cela allait se passer avec les autres casernes,
les armes de Pedralbes furent saisies par les travailleurs et la Barcelone
angoissée de cinq heures du matin prit alors des airs de fête
révolutionnaire.
J'avoue qu'en dépit
de l'engagement dont j'avais fait preuve en partageant l'angoisse collective
et maintenant le délire révolutionnaire, je n'avais pas
eu l'occasion de tenir une arme dans les mains, et par conséquent
je n'avais pas tiré un seul coup de fusil. je n'avais été
qu'un parmi la ribambelle de gavroches qui avaient surgi au cours de cette
fameuse journée, courant à droite et à gauche en
essayant de se rendre utiles aux combattants, et qui partageaient à
présent avec eux le goût de la victoire inespérée
d'une cause que nous donnions au départ pour perdue. Le soir, après
avoir parcouru la ville de barricade en barricade pour transmettre la
consigne "CNT" en montrant ma carte syndicale, le réussis
à atteindre le siège du Comité de défense.
Ce dernier s'était déjà transformé en Comité
révolutionnaire du quartier d'El Clot, dans la rue Internationale,
lieu jusque-là occupé par l'Athénée libertaire
de ce même quartier. J'y rencontrai de nombreux visages connus et
nous nous racontâmes ce que nous avions vécu, chacun selon
le rôle qu'il avait joué dans la fièvre de cette geste
collective.
Fourbu, les nerfs à
vif, au milieu du remue-ménage suscité par la répartition
des tâches de garde et de vigilance sur les diverses barricades
du quartier, je me laissai tomber sur un matelas et sombrai dans le sommeil.
Extrait
de Guerre d'Espagne (Edition Hazan -Lumière)
Abel Paz
Il rejoint rapidement la Colonne Durruti. Après 1939, il reste
en espagne et participe à la guérilla anti-franquiste.
Il passera onze années en prison.
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lire :
Le Peuple en Armes (Abel Paz) ; Chroniques passionées
de la Colonne de Fer (Abel Paz) ;
Durruti : un anarchiste espagnol (Abel Paz)
Barcelone 1936 : Un adolescent au cur de la Révolution espagnole,
(Abel Paz Éd. de la Digitale),
l'Espagne Libertaire
de Gaston Leval (Editions
du Monde Libertaire) ;
L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; Hommage
à la Catalogne
(G. Orwell) ; Collectivité
à Calenda (Editions
de la CNT) ; Autogestion
et Anarchosyndicalisme (F.
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(Abel Paz)
; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
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Mujeres Libres (Edition
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les anarchistes espagnols
(José Peirats)
Le communisme libertaire (Isaac Puente) ; Ils ont Osé !
(Editions du Monde libertaire) ;
Les collectivisations
en Aragon (Felix Carasquer) ; Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
A
Voir, à écouter :
Diego, Film documentaire de Frédéric Goldbronn,
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Ortiz un général
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de Richard Prost (en quatre parties) ;
A la barricadas ! : enregistré
à Barcelone été 1936 (1,1 Mg)
Juillet 1936, Barcelone
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milices CNT-FAI partent sur le front d'Aragon.(vidéo de 3 minutes
et 21Méga).
les affiches
anarchistes de la Guerre d'Espagne
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