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le 19 juillet 1936 dans les Asturies, ils ont osé ! Extrait de l'ouvrage paru aux éditions du Monde Libertaire. |
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Le mouvement ouvrier asturien pouvait être aisément comparé au catalan pour son organisation et son caractère nettement révolutionnaire. Toutefois, il existait également, entre eux, des différences non négligeables. Ainsi, alors qu'aucun parti ou syndicat ne parvenait à rivaliser avec les libertaires en Catalogne, les Asturies étaient au contraire un foyer socialiste dans lequel tant la C.N.T. que la F.A.I. se développaient plus lentement. Et si elles avaient supplanté le P.S.O.E. et l'U.G.T. dans la province de Gijon, de même qu'à La Felguera et dans d'autres localités plus petites, leur influence allait cependant demeurer limitée à ces secteurs géographiques jusqu'en 1931. Une autre caractéristique du mouvement ouvrier de cette région était sa volonté de réaliser, au nom de l'Alliance Ouvrière, un rapprochement de la C.N.T. et de l'U.G.T. Il est vrai que dans les Asturies, où les militants de la centrale syndicale socialiste étaient pour la plupart révolutionnaires, cette entente pouvait être envisagée. D'ailleurs, des voix favorables à cette Alliance se faisaient entendre au sein même des organisations libertaires, comme celles de Valeriano Onction Fernandez, de José Maria Martinez et d'Eleutero Quintanilla. Le 28 mars 1934, les comités régionaux de la C.N.T. et de l'U.G.T. asturiennes signaient donc un pacte par lequel les deux centrales syndicales s'engageaient, ensemble, dans une action révolutionnaire, écrivant dans le premier article de ce texte En 1934, l'UG.T. comptait approximativement 40 000 adhérents dans les Asturies, et le nombre des membres de la C.N.T. s'élevait dorénavant à 30 000. Aussi, gardons-nous de déceler dans ce pacte un quelconque signe de radicalisation des directions socialistes. Car, si les militants de l'U.G.T. souhaitaient bien cette entente, leurs responsables refusaient surtout de se priver de l'aide des libertaires. En outre, les soudaines velléités révolutionnaires des dirigeants du PSOE. et de la centrale syndicale socialiste -en opposition à leur collaboration sous la dictature de Primo de Rivera et à leur soutien du gouvernement bourgeois de Manuel Azana de 1931 à 1933- présageaient plus d'une volonté de conquérir le pouvoir que de réaliser la révolution sociale. Néanmoins, lorsque le 4 octobre 1934, la CEDA. -parti présentant de nombreux aspects du fascisme et dont le leader, Jose Maria Gil Robles, entretenait des relations avec le chancelier autrichien Dollfuss - entra au gouvernement avec trois ministres, les organisations réunies au sein de l'Alliance Ouvrière décidèrent de ne plus attendre. Le 5 octobre débutait donc, dans les Asturies, l'insurrection révolutionnaire convenue, avec " UHP " pour mot d'ordre, abréviation de " Unios Hermanos Proletarios " - " Unissez-vous, frères prolétaires " Durant treize jours, les travailleurs affrontèrent par conséquent les troupes gouvernementales, leur infligeant même de véritables défaites lors des premiers combats. Mais ils s'emparèrent surtout des moyens de production grâce auxquels, malgré les obstacles engendres par les événements, ils continuèrent de subvenir aux besoins de la population. Et si, dans les localités dominées par les socialistes et les communistes, les mesures adoptées par les comités devaient souvent revêtir un caractère autoritaire, les militants de la CNT et de la FAI allaient proclamer le communisme libertaire à Morcin, Grado, Riosa, La FeIguera, etc. Cependant, manquant d'armes et affrontant des troupes aguerries, les révolutionnaires ne pouvaient résister davantage. Le 18 octobre 1934, la lutte cessa donc, alors que débutaient déjà la répression et les exactions des militaires. En 1936, les souvenirs de cette insurrection demeuraient particulièrement vivaces dans les Asturies. Aussi n'est-il guère étonnant qu'à l'approche du soulèvement, tant les responsables nationalistes que les autorités républicaines aient redouté l'action des travailleurs de cette région. Et à Oviedo par exemple, le colonel fasciste Aranda et Liarte Lausin -respectivement gouverneur militaire et gouverneur civil de la province- s'opposaient à l'armement des militants socialistes, communistes et libertaires. Mais si les fusils
manquaient aux révolutionnaires, du moins leur détermination
ne fléchissait pas. Dès que les garnisons de Gijon et d'Oviedo
se soulevèrent, les combats furent donc violents. Le 18 juillet
1937, José Riera expliquait d'ailleurs ces affrontements aux lecteurs
de Fragua Social (quotidien libertaire).
Le 19 juillet dans les Asturies : Les Asturies veillent. A minuit, les Asturies, du sud au nord, de l'est à l'ouest, ont capté intégralement tordre de mobilisation. L'espace retentit des hurlements que toutes les sirènes des usines, des fabriques, et des bateaux font entendre à l'unisson. On dirait une plainte monstrueuse dans la nuit. On dirait une compilation prématurée de tous les cris de douleur qui vont être entendus plus tard, Le jour suivant, les ouvriers poursuivent leur travail actif de préparation. Les syndicats, les comités se réunissent. On désigne les représentants qui doivent constituer l'organisme provincial de contrôle sur ceux qui exercent le commandement officiel dans la province, un gouverneur de lamentable conduite : Liante Lausin, et un militaire de grand "prestige", le colonel Aranda. Nos représentants se
méfient de tout. L'histoire révolutionnaire ne ment jamais
à ses hommes... De toute façon, les événements
se déroulent avec une vertigineuse rapidité.
Le 19 juillet ! Cette date
semble enveloppée de noires augures. La CNT veut, une fois pour
toutes que l'on joue cartes sur table. Elle déclare que l'heure
est arrivée pour le peuple d'Oviedo de s'emparer des armes qui
sont dans la ville. Plusieurs secteurs du Comité Provincial s'y
opposent. Ils croient que ce n'est pas le moment opportun. Nos représentants,
avec l'énergie que leur donne la claire vision du problème.
insistent : " Nous avons la conviction très ferme que le divorce
est absolu entre les militaires et le peuple révolutionnaire qui
s'est levé pour écraser le soulèvement." Nous ne fûmes pas écoutés.
Disons, par respect de la vérité, que la fraction communiste,
ainsi que notre camarade Javier Bueno, directeur de "Avance",
qui assistait aux délibérations, étaient de notre
avis. A ce moment historique -quatre
heures de l'après-midi du 19 juillet 1936- commence la guerre des
Asturies. Aranda réunit les siens et commande qu'une compagnie
aille au Mont Naranco. Ces forces s'en retournèrent immédiatement
eu égard à l'attitude décidée des gardes d'assaut
qui restent avec le peuple, Ce furent les moments les
plus difficiles. La félonie de ce méprisable individu produisit
une désarticulation momentanée de notre Comité Provincial.
Chaque délégué s'en fut de son côté.
Pendant ce temps, Aranda donnait des ordres pour concentrer la Garde civile
dans la ville. A Gijon -les gardes d'assaut et les carabiniers avec nous- la Garde civile dut se rendre rapidement, ainsi que plusieurs détachements militaires qui étaient arrivés à se retrancher dans plusieurs endroits de la ville, Immédiatement, commença le siège des casernes des Sapeurs et de Simancas, qui tombèrent dans nos mains quelques semaines plus tard. La Garde civile de La Felguera et de Sema dut se rendre en quelques heures devant l'intrépidité des travailleurs en armes. Le 19 juillet ! Les Asturies
sont encore debout. Les jours se suivent sur les traces de ses pas vigoureux
dans le chemin de son destin historique. José
Riera Notes : A l'exception d'Oviedo -où les troupes du colonel Aranda étaient désormais enclavées dans une zone révolutionnaire- le soulèvement nationaliste avait donc été dominé dans les Asturies.
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