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À TOUS LES TRAVAILLEURS
DE LA PENSEE ET DES BRAS
Au moment où l'humanité,
dirigée par des fous, des arrivistes et des hypocrites, s'effondre
sous les coups répétés des appétits des profiteurs
de toutes sortes, nous jetons, une fois de plus, un appel sincère
à tous les individus raisonnables et pratiques, pour essayer d'éviter
la destruction totale et, profitant du chaos actuel, de les orienter vers
une organisation sociale rationnelle et humaine.
Indéniablement, c'est par la faute de tous les gouvernements que
le sang des travailleurs coule à flots, dans tous les pays, depuis
plus de trois années. Si, effectivement, ce sont Hitler et Mussolini
qui, en dernier lieu provoquèrent le conflit, il y a d'autres responsables
: la finance internationale, les trusts industriels et financiers qui,
de 1919 à 1930, financèrent le mouvement fasciste italien
et le national-socialisme allemand et, de 1930 à 1939, payèrent
la presse des différents pays démocratiques et fascistes,
pour faire les campagnes bellicistes qui devaient provoquer un réarmement
puissant et sans limite de toutes les nations, qui devait trouver sa conclusion
dans la guerre actuelle, en même temps que le conflit enrayait tout
mouvement de libération des masses travailleuses.
Le conflit actuel est l'oeuvre
des puissances d'argent de chaque nation, puissances qui vivent exclusivement
et internationalement de l'exploitation de l'homme par l'homme. Il est
aussi le résultat des compétitions internationales, des
compromissions et des rivalités politiques des hommes et des systèmes,
de la vénalité, de la faiblesse, de l'hypocrisie, de l'inconscience
des politiciens du monde entier. Et nous n'exceptons personne.
La diplomatie secrète a sévi aussi bien à Londres
qu'à Berlin, à Paris qu'à Moscou, à Washington
aussi bien qu'à Tokyo.
Aujourd'hui, les impérialistes d'hier se posent en libérateurs.
Les fabricants et les trafiquants du Traité de Versailles, les
inventeurs et les torpilleurs de la Société des Nations,
les complices d'Hindenburg et de Dollfüs, les étrangleurs
de la Révolution espagnole, les fomenteurs des contre-révolutions
du Mexique, les fournisseurs de l'Allemagne hitlérienne et de l'Italie
mussolinienne prétendent, ô ironie ! mettre de l'ordre dans
le Monde, eux qui n'ont jamais vécu que du désordre et de
l'incohérence des nations des deux hémisphères.
Que nous propose et le sordide
impérialisme anglais et le féroce capitalisme américain
?
Tout simplement le retour à "l'avant-guerre", le retour
au statut-quo de Versailles ou à quelque chose d'à peu près
semblable, et la réinstallation de la Société des
Nations, la continuation de l'exploitation du travail par le capital,
la banque maîtresse du monde, l'Or-Roi, les mille et une combinaisons
diplomatiques, les mille et une combinaisons politiques et financières
que nous connaissons. En somme, de quoi re-préparer une bonne petite
guerre mondiale dans 25 ou 30 ans, si les Peuples sont incapables d'instituer
la véritable Société des Peuples qui garantira la
Paix et organisera le monde, par la Révolution sociale universelle.
Que nous proposent, d'autre
part, les sinistres apôtres de la "Révolution Nationale"
?
Une Révolution à rebours, qui rejetterait l'humanité
en arrière vers les époques les plus sombres de son existence,
dans l'abîme d'un fanatisme racial et religieux, d'un esclavage
total des masses laborieuses et d'un écrasement absolu de l'individu.
Il reste l'U.R.S.S. Mais la République de Staline, si elle a fait
disparaître le capital privé, n'a pas fait disparaître
les différences de classes (hauts fonctionnaires, hauts militaires,
ouvriers privilégiés et, en tout dernier lieu, le peuple).
D'autre part, nous lui reprochons d'avoir supprimé toute pratique
et toute apparence ou idée de liberté. Hélas ! le
Guépéou n'a rien à envier à la Gestapo et,
si les camps de concentration de Sibérie renferment des fascistes,
ils contiennent aussi des socialistes, des Trotkistes, des syndicalistes
et des libertaires. Nous lui reprochons d'avoir aussi, dans cette guerre,
joué un jeu diplomatique qui a servi les intentions des fascistes
et des impérialistes et permis le déclenchement du terrible
conflit actuel.
De tout cela il résulte que les peuples ne peuvent, ni ne doivent
plus avoir confiance en personne Les Chefs d'État, les chefs militaires
de toutes couleurs et de toutes nuances, passent d'un camp dans l'autre,
déchirent des traités, en signent d'autres, servent tantôt
la République, tantôt la Dictature, collaborent avec ceux
à qui ils faisaient hier la guerre, et vice-versa et revice-versa.
Tant et si bien que personne ne comprend plus rien à l'honneur,
à la foi jurée, à la probité, à l'honnêteté.
Mais si les hommes d'États,
les généraux, les amiraux et consorts se permettent de jouer
"aux petits fous", le peuple, lui, paie les pots cassés
: on le mobilise pour les démocraties, contre les démocraties,
pour les fascistes, contre les fascistes.
Mais que ce soit en Afrique, en Asie, en Europe, c'est le bon peuple qui
fait les frais de ces "expériences contradictoires" et
se fait casser la gueule. Ce sont les maisons des gens du peuple qui s'écroulent
avec dedans les femmes et les gosses du peuple. Et demain, ce sera encore
le peuple qui paiera les frais de reconstruction.
Nous demandons à tous ceux que le parti pris n'aveugle pas d'ouvrir
les yeux sur la situation.
Le fascisme germano-italien, conséquence de l'impérialisme
mondial est à l'agonie.
L'impérialisme anglo-méricain,
aidé de toutes les forces du capitalisme aux abois prépare
:
1° Une paix impérialiste, genre Traité de Versailles,
qui sera une nouvelle base de conflits futurs et l'espoir de nouveaux
bénéfices ;
2° L'étouffement de tout mouvement d'émancipation ouvrière
avec le concours des traîtres et arrivistes de tous les pays ;
3° Un règlement de comptes, à l'amiable ou non-avec
la Russie soviétique.
Quant à cette dernière, elle rêve d'instaurer de par
le monde un capitalisme d'État qui, par son despotisme, serait
aussi néfaste que le capitalisme privé.
Ainsi sera l'ordre social universel, à moins que les travailleurs
du monde entier s'unissent dès maintenant pour planter le drapeau
de la Révolution sociale sur le chaos que nous vivons.
Pour cela, que faut-il faire
?
En premier lieu, utiliser la tendance naturelle des Peuples vers l'Unité
des Continents ; fédérer les pays qui composent les Continents
; développer entre ces Continents les liens de solidarité
qui les associent ; donner à ces liens une forme organique, par
l'institution d'une véritable Société des Peuples
et non par un replâtrage d'une Société des Nations,
qui ne serait qu'une Ligue nouvelle des Nations et de leurs intérêts
égoïstes ; faire de cette Société des Peuples,
par la création d'organismes à son service, tels qu'un Conseil
Économique International et un Conseil Administratif et Social
International, le véritable Régulateur Économique,
administratif et social du Monde entièrement organisé pour
la Paix et contre la guerre.
Mais tout cela ne sera, incontestablement, que l'oeuvre de la Révolution
sociale, universelle comme la guerre elle-même.
Et pour cette tache gigantesque, il faut que les peuples s'entendent,
s'associent, luttent ; qu'ils comprennent, agissent et réalisent
et que, par avance, ils jettent entre eux, par l'organe de leurs prolétariats
respectifs, les bases d'un vaste mouvement fédéraliste continental
d'abord, universel ensuite ; qu'ils soient prêts à projeter,
avec toutes ses conséquences ce mouvement sur le plan des réalités
concrètes dans chaque pays, afin que naissent de leurs propres
organisations de classe les institutions qui, demain, régiront,
dans tous les domaines les Peuples associés.
Nous entendons par Révolution Sociale :
l'abolition du pouvoir politique, l'abolition du militarisme, l'abolition
de l'Or-Roi, l'abolition des classes.
Nous entendons par Révolution Sociale la liberté entière
et définitive de parole, d'organisation, d'action pour tous ; la
libre disposition des moyens de production pour tous les Peuples ; le
travail, les produits, l'instruction, le bien-être pour tous.
Nous entendons par Révolution
Sociale, le pouvoir aux mains de tous, par :
- L'association syndicale, faisant fonctionner la production dans chaque
pays et dans le Monde, assurant une équitable répartition
des matières premières et des produits, ainsi que des
objets de toute nature nécessaires à la consommation.
- L'association communale, assurant par la distribution, tous les besoins
de la consommation et administrant le bien commun dans l'intérêt
de tous ; créant, sur le plan social tous les organismes capables
sur tous les terrains, d'assurer le plein développement et l'épanouissement
des individus ; garantissant à tous la véritable égalité
sociale par la bonne administration d'une saine et populaire justice,
basée sur la conciliation et l'arbitrage.
- L'association sur le plan géographique, de façon identique,
des localités, régions et pays, par la création
d'organismes de liaison permanente des rouages économiques et
administratifs pour gérer mieux les intérêts de
tous ordres et de tous, harmonieusement conjugués et associés
pratiquement.
Pour cela, il faut non seulement
que notre Révolution sociale soit universelle et, autant que possible,
simultanée dans tous les pays, mais il faut encore qu'elle ouvre
la voie à l'Ère de la Raison, de la Science consciente et
du Travail libéré.
Travaillons pour elle. Travaillons bien.
Il ne s'agit pas de lutter seulement contre le fascisme hitlérien,
mais contre tous les fascismes, contre toutes les tyrannies,, qu'elles
soient de droite, du centre ou de gauche, qu'elles soient encore royales,
démocratiques ou sociales, car aucune tyrannie n'émancipera
le travail, ne libérera le monde, n'organisera l'humanité
sur des bases vraiment nouvelles.
Il ne s'agit pas de parler de liberté, il s'agit de vivre librement.
Il ne s'agit pas de parler de fraternité, il s'agit de vivre fraternellement.
Nous ne luttons pas pour inscrire
des mots sur une bannière ou changer de couleur un drapeau.
Nous sommes concrets.
Nous voulons passer :
- de la guerre perpétuelle à la paix perpétuelle
;
- de l'exploitation de l'homme par l'homme à l'égalité
sociale ;
- de la tyrannie totale ou partielle à la liberté entière
; de l'incohérence à la conscience.
Nous n'acceptons aucun compromis
avec personne. Nous ne sommes attachés à aucune personnalité,
ni à aucun parti.
Nous voulons la réalisation pratique de l'Idée sociale préconisée
depuis près de deux cents ans par les républicains, les
socialistes, les syndicalistes, les libertaires.
Et nous sommes convaincus que, seules, la méthode sus-indiquée
pourra la réaliser.
Aujourd'hui, nous sommes une association de lutteurs.
Demain nous serons une association de constructeurs et de réalisateurs.
Et pour mener la tâche à biens : ... Nous cherchons des associés.
FEDERATION
INTERNATIONALE SYNDICALISTE REVOLUTIONNAIRE
Ce tract a été
conçu et par des militants libertaires du groupe Marseille et de
Toulouse (nottamment André ARRU).
Il a certainement été imprimé par les frères
Lion (imprimeurs à Toulouse) qui travaillaient aussi pour le réseau
Combat.
MORT AUX
VACHES !
PROLETAIRE,
Depuis 3 ans, de l'Est à
l'Ouest et du Sud au Nord de notre Globe, tu fais les frais de la bataille
déclenchée par tes maîtres aux multiples nuances.
Des milliers de prolétaires de tous les pays crèvent pendant
que les hommes de la finance, de la politique et de la guerre, ces gueules
de vaches, se congratulent, dissertent, se partagent les bénéfices,
se distribuent prébendes et privilèges.
Rappelle-toi, Combattant de la der des der : en revenant de là-haut,
en 1918, encore souillé du sang de l'infâme boucherie, devant
les 10 millions de cadavres, les 20 millions de blessés, les 10
millions d'invalides, 3 millions de disparus, les millions de veuves et
d'orphelins, tu avais dit et promis PLUS JAMAIS !
De nouveau les brutes galonnées ont mis la main sur toi.
Dans le monde ouvrier, l'homme n'est plus un homme, c'est un matricule.
JUSQUE A QUAND ?
Jusqu'à ce que les prolétaires
du monde entier fraternisent, s'unissent, et au pas de charge - l'ultime
- armés encore des baïonnettes fraîches encore du sang
de leurs frères, aillent piquer les culs de tous les histrions
bellicistes et gouvernementaux
Prolétaires, en 1919,
en 1936, tu criais : MORT AUX VACHES !
En 1943, ne crie plus : AGIS
Crève-les TOUTES : qu'elles portent en grelot une croix gammée,
une étoile rouge, l'Ordre de la Jarretière, la Croix de
Lorraine ou une francisque.
Vive la Liberté ! Vive la Paix ! VIVE LA REVOLUTION SOCIALE
!
FEDERATION
INTERNATIONALE SYNDICALISTE REVOLUTIONNAIRE.

Autres
articles :
la
résistance de la FAUD (syndicat anarcho-syndicaliste) sous Hitler ;
Les
anarchistes et la guerre de 1939 1945 ;
1940, Que faire à
la veille de la guerre ? ; Dans
la résistance : l'apport du mouvement libertaire ;
1944 : les dossiers
noirs d'une certaine résistance ; "Contre
vents et Marées" histoire de l'exil espagnol ;
24 aout 1944, les anarchistes
et anti-fascistes espagnols libèrent Paris ;
Jose Ester Borras
dit François Vidal et le "réseau d'évasion Ponzan"
;
Congrès
de la Fédération Anarchiste d'octobre 1945 : déclarations
et orientations.
1944 - 196... Qui étaient
les Nacos (Nationaux Communistes) ?
André
Arru résistant libertaire à propos de l'évasion de
la prison de Chave et du rôle exécrable des communistes.
A
lire :
Jean-René Saulière dit André
Arru, un individualiste solidaire (1911-1999) / par Sylvie Knoerr-Saulière
et Francis Kaigre. Centre international de recherches sur l'anarchisme,
2004.
André Arru, biographie et témoignages , numéro
spécial de La Libre pensée autonome des Bouches-du-Rhône
- Les Amis d'André Arru.
Une interview
d'André Arru dans le numéro
de la revue Itinéraire consacré à Voline.
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