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En présence de l'instabilité
politique et financière de l'Etat français, qui peut â tout instant provoquer
une crise de régime et par conséquent, poser la question d'un ordre social
nouveau par les voies révolutionnaires, le congrès, en même temps qu'il
se refuse à donner au capitalisme les moyens de rééquilibrer, déclare
que le syndicalisme doit tirer de cette situation catastrophique le maximum
de résultats pour l'affranchissement des travailleurs.
En conséquence, il affirme
que les efforts du prolétariat doivent tendre, non seulement à renverser
le régime actuel, mais encore à rendre impossible la prise du pouvoir
et son exercice par tous les partis politiques qui s'en disputent âprement
la possession. C'est ainsi que le syndicalisme doit savoir profiter de
toutes les tentatives faites par les partis, pour s'emparer du pouvoir,
pour jouer lui-même son rôle décisif qui consiste à détruire ce pouvoir
et à lui substituer un ordre social reposant sur l'organisation de la
production de l'échange et de la répartition, dont le fonctionnement sera
assuré par le jeu des rouages syndicaux à tous les degrés.
En proclamant le sens profondément économique de la révolution prochaine,
le congrès tient à préciser essentiellement, qu'elle doit revêtir un caractère
de radicale transformation sociale devenue indispensable et reconnue inévitable
aussi bien par le capitalisme que par le prolétariat. Ce caractère ne
peut lui être imprimé sur le plan de classe des travailleurs que par le
prolétariat organisé dans les syndicats, en dehors de toute autre direction
extérieure, qui ne peut que lui être néfaste.
C'est seulement à cette condition que les soubresauts révolutionnaires
des peuples, jusqu'ici utilisés et dirigés par les partis politiques,
permettront enfin d'apporter un changement notable dans l'ordre économique
et social, ainsi que l'exige le développement des sociétés modernes.
Le congrès constate la profonde
nouveauté des événements qui se préparent et rendent inutiles et impossibles
les transformations politiques partielles. Il enregistre aussi que le
fascisme, nouvelle doctrine de gouvernement des puissances d'argent, qui
commandent à tout le système capitaliste, pose lui-même le problème social
sous le même angle économique et entend utiliser le syndicalisme en l'adaptant
à ses vues particulières pour réaliser ses desseins.
En considération de ce qui précède, le congrès déclare que les événements
prochains en se déroulant dans l'ordre économique vont poser les nouvelles
conditions de vie des peuples et fixer, avec une force grandissante et
insoupçonnée, les véritables caractères de la vie sociale. Cette vie sera
l'oeuvre des forces productives et créatrices associant harmoniquement
les efforts des manoeuvres, des techniques et des savants, orientés constamment
vers le progrès.
Ainsi se précisent logiquement les caractères de la transformation nécessaire.
Reprenant les termes de cette partie de la résolution d'Amiens, qui déclare
que "le Syndicat aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir,
le groupement de production et de répartition, base de la réorganisation
sociale", le congrès affirme que le syndicalisme, expression naturelle
et concrète du mouvement des producteurs, contient à l'état latent et
organique, toutes les activités d'exécution et de direction capables d'assurer
la vie nouvelle.
Il lui appartient donc, dès maintenant, de rassembler sur un plan unique
d'organisation, toutes les forces de la main-d'oeuvre, de la technique
et de la science, agissant séparément, en ordre dispersé, dans l'industrie
et aux champs. En réunissant, dès que possible, dans un même organisme
toutes les forces qui concourent à assurer la vie sociale, le syndicalisme
sera en mesure, dès le commencement de la révolution, de prendre en mains,
par tous ses organes, la direction de la production et l'administration
de la vie sociale.
Comprenant toute la grandeur et toute la difficulté de ce devoir, le congrès
tient à affirmer que le syndicalisme doit, dès maintenant, remanier son
organisation, compléter ses organes, les adapter aux nécessités -comme
le capitalisme lui-même- et se préparer à agir, demain, en administrateur
et en gestionnaire éclairé de la production, de la répartition et de l'échange.
Il ne méconnaît pas l'extrême complexité des problèmes qui seront posés
par la disparition du capitalisme. Aussi, il n'hésite pas à déclarer que
le mouvement des travailleurs, qui ne recèle pas encore toutes forces
nécessaires à la vie sociale de demain, doit faire la preuve de son intelligence
et de sa souplesse en appelant à lui tous les individus, toutes les activités
qui, par leurs fonctions, leur savoir, leurs connaissances, ont leur place
naturelle dans son sein et seront indispensables pour assurer la vie nouvelle
à tous les échelons de la production.
N'ignorant pas les changements profonds qui sont survenus dans le domaine
de la science et de la technique, que ce soit dans l'industrie et dans
l'agriculture, le congrès, préoccupé des transformations nécessaires,
n'hésite pas à faire appel aux savants et aux techniciens.
De même, il s'adresse aux paysans, pour assurer conjointement avec leurs
frères ouvriers la vie et la défense de la révolution qui ne saurait s'effectuer
sans leur concours éclairé, constant et complet. Le congrès pense qu'ainsi
se scellera, par un effort concordant, harmonieux et fécond, qui les rassemblera
tous pour une même tâche de libération humaine, l'Union des travailleurs
de la Pensée et des Bras, de l'industrie et des champs.
N'ayant pour unique ambition que d'être les pionniers hardis d'une transformation
sociale dont les agents d'exécution et de direction oeuvreront sur le
plan du syndicalisme, les syndicalistes désirent que leur mouvement, vivant
reflet des aspirations et des besoins matériels et moraux de l'individu,
devienne la véritable synthèse d'un mécanisme social déjà en voie de constitution,
où tous trouveront les conditions organiques, idéalistes et humaines de
la révolution prochaine, désirée par tous les travailleurs.
Demain doit être aux producteurs, groupés ou associés, en vertu de leurs
fonctions économiques. L'organisation politique et sociale surgira de
leur sein. Elle portera en elle-même, tous les facteurs de réalisation,
organisation, coordination, cohésion, impulsion et action.
De cette façon, se dressera en face du citoyen, entité fuyante, instable
et artificielle, le travailleur, réalité vivante, support logique et moteur
naturel des sociétés humaines.
Le syndicalisme dans
le cadre national
Son action générale.
La C.G.T. syndicaliste révolutionnaire
affirme, dès sa constitution, qu'elle entend être exclusivement un groupement
de classe : celui des travailleurs. Elle doit donc, en plein accord sur
ce point, avec la Charte d'Amiens, mener la lutte sur le terrain économique
et social. Véritable organisme de défense et de lutte de classe, elle
est en dehors de tous les partis et en opposition avec ceux-ci, la force
active qui doit permettre à tous les travailleurs de défendre leurs intérêts
immédiats et futurs, matériels et moraux. S'inspirant de la situation
présente, elle déclare vouloir préparer, sans délai, les cadres complets
de la vie sociale et économique de demain, dont elle tient à examiner
tout de suite les caractères possibles et le fonctionnement général.
Au capitalisme -conséquence et résultante de la vie passée, adapté et
façonné par les forces dirigeantes en dehors de toute doctrine comme de
toute théorie- entrant dans le dernier cycle de son évolution historique,
le congrès entend substituer le syndicalisme, expression naturelle de
la vie sociale des individus en marche vers le communisme libre.
Rejetant le principe du partage des privilèges chers aux défenseurs de
l'intérêt général et de la superposition des classes -qui est aussi celui
de nos adversaires-, le syndicalisme doit poursuivre sa mission qui est
: de détruire les privilèges, d'établir l'égalité sociale. Il n'atteindra
ce but qu'en faisant disparaître le patronat, en abolissant le salariat
individuel ou collectif et en supprimant l'Etat.
Il préconise à ce sujet, la grève générale, l'expropriation capitaliste
et la prise en possession des moyens de production et d'échange, ainsi
que la destruction immédiate de tout pouvoir étatique.
Ses moyens d'action.
Précisant sa conception de la grève générale, le congrès tient à déclarer
fermement que ce moyen d'action conserve, à ses yeux, toute sa valeur,
en toutes circonstances, que ce soit corporativement, localement, régionalement,
nationalement ou internationalement. Que ce soit pour faire triompher
les revendications particulières ou générales, fédérales ou nationales,
offensivement ou défensivement, la grève, partielle ou générale, reste
et demeure la seule et véritable arme du prolétariat.
En ce qui concerne la grève générale expropriatrice, premier acte révolutionnaire
qui sera marqué par la cessation immédiate, concertée et simultanée du
travail en régime capitaliste, le congrès affirme qu'elle ne peut être
que violente.
Elle aura pour objectifs :
· de priver le capitalisme et l'Etat de toute possibilité d'action, en
s'emparant des moyens de production et d'échange, et de chasser du pouvoir
ses occupants du moment ;
· de défendre les conquêtes prolétariennes qui doivent permettre d'assurer
l'existence de l'ordre nouveau ;
· de remettre en marche, l'appareil de la production et des échanges,
après avoir réduit, au minimum -pour la prise de possession- le temps
d'arrêt de la production et des échanges ruraux et urbains ;
· de remplacer le pouvoir étatique détruit par une organisation fédéraliste
et rationnelle de la production, de l'échange et de la répartition.
Confiant dans la valeur de ce moyen de lutte, le congrès déclare que le
prolétariat saura, non seulement prendre possession de toutes les forces
de production, détruire le pouvoir étatique existant, mais encore sera
capable d'utiliser ces forces dans l'intérêt de la collectivité affranchie
et de les défendre contre toute entreprise contre-révolutionnaire, les
armes à la main, et de donner à l'organisation sociale la forme qu'exigera
le stade d'évolution atteint par les individus vivant à cette époque.
Il déclare que le terme des conquêtes révolutionnaires ne peut être marqué
que par les facultés de compréhension des travailleurs et les possibilités
de réalisations de leurs organismes économiques, dont l'effort devra être
porté au maximum.
Par là, le congrès indique
que la stabilisation momentanée de la révolution doit s'accomplir en dehors
de tout système préconçu, de tout dogme, comme de toute théorie abstraite,
qui seraient pratiquement en contradiction avec les faits de la vie économique
et sociale exprimant l'ordre nouveau.
Proclamant son attachement indéfectible à la lutte révolutionnaire, le
congrès tient, pour bien préciser sa pensée, à déclarer qu'il considère
la révolution comme un fait social déterminé par la contradiction permanente
des intérêts des classes en lutte, qui vient tout à coup marquer brutalement
leur antagonisme, en rompant le cours normal de leur évolution qu'il tend
à précipiter.
En conséquence, il déclare que le syndicalisme -comme tous les autres
mouvements- a le droit de l'utiliser, suivant ses desseins, pour atteindre
le maximum des buts qu'il s'est fixé, sans confondre son action avec celle
des partis qui prétendent, eux aussi, transformer l'ordre politique et
social, et préconisent pour cela la dictature prolétarienne et la constitution
d'un Etat soi-disant provisoire.
En dehors de cette action essentielle, le congrès déclare que, par son
action revendicative quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination
des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par
la réalisation d'améliorations immédiates, telles que : la diminution
des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc.
Il prépare chaque jour l'émancipation des travailleurs qui ne sera réalisée
que par l'expropriation du capitalisme.
Lyon, 1er & 2 novembre
1926
Autres
articles :
la
naissance de la CGT -U, St Etienne 1922 ;
Pierre
Besnard et le syndicalisme révolutionnaire
;
l'année
syndicale 1924 ; Déclaration
du congrès de Berlin (décembre 1922-janvier 1923)
;
L'échec
de la troisième CGT à Limoges (CGT-SR) 1924 1939
;
A
lire :
Histoire
du journal des anarchistes (Volonté
Anarchiste) ; L'éthique du syndicalisme (Pierre Besnard)
; Le monde nouveau (Pierre Besnard)
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