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Quelques années après
la fin de la guerre de 14, l'unité syndicale du mouvement ouvrier français
vole en éclats. Vont ainsi apparaître trois centrale syndicales d'importances
inégale, la vieille C.G.T. réformiste avec à sa tête Jouhaux, la C.G.T.-U.
dominée par les communistes, née en 1922 et la C.G.T.-S.R. née en 1926.
Ce texte, aperçu de l'année 1924, que nous publions aujourd'hui a été
écrit par Pierre Besnard pour l'Encyclopédie anarchiste, peu avant la
transformation de l'Union fédérative des syndicats autonomes de France
en C.G.T.-S.R.
Pierre Besnard, né en 1886, cheminot au chemin de fer de l'Etat
depuis 1909, nommé facteur en chef de la gare d'Autueil en décembre 1919,
fut révoqué pour faits de grève en mai 1920 lors de la Grande grève, hélas
sans résultat, des chemins de fer. En 1921, il devient secrétaire général
du comité central des Comités syndicalistes révolutionnaires, créés en
1919 au sein de la C.G.T. et regroupant anarcho-syndicalistes, syndicalistes
révolutionnaires et communistes. Après le congrès de Saint-Etienne de
la C.G.T.-U. nouvellement créée, où sa motion est repoussée par 848 voix
contre 399.
Il fonde, fin 1922, pour sauver le syndicalisme de la mainmise communiste,
le Comité de défense syndicaliste. Ce qui n'empêche pas les anarchistes
et les anarcho-syndicalistes d'être à nouveau battus au congrès de Bourges
en 1923, sur la Question de l'affiliation à l'A.I.T.
le Monde Libertaire
" Pendant l'année syndicale
1923-1924, le Bureau de la C.G.T.-U. et ses amis avaient considérablement
renforcé leurs positions. En dépit d'une opposition trop tiède, trop timide,
sans position doctrinale définie qui se fit jour à la Commission exécutif
et gagna à elle deux membres sur quatre du Bureau : Marie Guillot et Cazals,
les communistes gagnèrent un terrain considérable. Ils avaient conquis
presque toutes les Unions départementales, sauf la Loire, le Rhône et
les Bouches-du-Rhône ainsi que toutes les fédérations, sauf le Bâtiment
et les P.T.T.
Malgré les efforts inouïs des syndicalistes, dont l'homogénéité ne fut
pas la vertu dominante, les communistes triomphèrent définitivement. (...)
Si les groupements syndicalistes révolutionnaires avaient été plus actifs,
s'ils avaient su où ils allaient, il peut se faire, que l'écrasement eût
été moins brutal et qu'une réaction devint possible. Ce ne fut pas le
cas.
Après Bourges, où le triomphe du Parti communiste s'étala cyniquement,
le Bureau confédéral tenta d'enlever les derniers fortins syndicalistes.
Le Parti communiste entra alors carrément en bataille. Il était décidé
de frapper un grand coup et, à cet effet, avec la complicité des dirigeants
de la C.G.T.-U. et de l'Union départementale de la Seine, il organisa
un grand meeting de provocation à la Maison des Syndicats, rue de la Grange-aux-Belles,
à Paris, qui eut lieu le 11 janvier 1924.
S'emparant sans vergogne du programme syndical, il démasqua toutes ses
batteries. Des camarades syndicalistes qui voulaient faire respecter le
mouvement ouvrier et défendre son programme furent roués de coups. Des
équipes de décrocheurs professionnels, aux gages du Parti communiste,
jouèrent du revolver.
Deux des nôtres: Poncet et Clot furent tués, une dizaine d'autres blessés.
La colère monta chez les syndicalistes et le jour des obsèques des victimes,
auxquelles participèrent de nombreuses délégations de province, se tint
une Conférence de la minorité syndicaliste. Une fois de plus, celle-ci
manifesta son incompréhension, son impuissance en ne se séparant pas immédiatement
des communistes.
Le temps fut mis à profit par ceux-ci qui, à part le Rhône, enlevèrent
tout ce qui restait de forces syndicalistes et coupèrent en deux la Fédération
du Bâtiment. Comprenant enfin qu'elle n'avait plus rien à attendre, la
minorité syndicaliste se réunit en conférence les 1er et 2 novembre 1924.
Toujours pour les mêmes raisons, elle ne sut pas prendre des décisions
fermes. Elle convoqua et décida la constitution d'une organisation insuffisamment
définie: l'Union fédérative des syndicats autonomes de France.
Cette organisation qui eût du recevoir l'adhésion de tous les Syndicats
autonomes du pays ne put remplir sa tâche et redresser un mouvement à
côté de la C.G.T.
Délaissée par ceux-là mêmes qui la constituèrent, mais n'y adhérèrent
jamais, elle mena une pauvre existence. "
Pierre Besnard
Autres
articles :
Déclaration
du congrès de Berlin (décembre 1922-janvier 1923) ;
la
naissance de la CGT -U, St Etienne 1922 ;
lHistoire
de l'AIT ; le
mouvement anarchiste dans les années 30 ;
Charte du syndicalisme révolutionnaire ;
le meeting de la grange au Belles (1924) ;
Le front Populaire à travers le Libertaire ; L'échec
de la troisième CGT à Limoges (CGT-SR) 1924 1939 ;
Déclaration
du congrès de Berlin A.I.T. (décembre 1922-janvier 1923)
Pierre
Besnard et le syndicalisme révolutionnaire
; Le
congrès de la CGT à Lille 1921 ;
A
lire :
Histoire
du journal des anarchistes (Volonté
Anarchiste) ; 1936 Le front populaire à travers le Libertaire
(Le Vent du ch'min) ; l'éthique du syndicalisme (Pierre
Besnard) ; Syndicats ouvriers et révolution sociale (Pierre
Besnard)
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