|

Voterro,
marin sur le Condorcet
|
Dans son livre " Libertaires,
mes compagnons de Brest et d'ailleurs " (1), René Lochu évoque les mutineries
de la flotte française en 1919. Après avoir consacré, la semaine dernière,
une note de lecture à ce livre, Le Monde libertaire présente dans le cadre
de la page " Archives " un large aperçu de cette révolte en mer Noire.
Si en 1917, l'armée française embourbée sur le front a connu des mutineries
dues à la lassitude devant une guerre qui n'en finissait pas, aux attaques
mal préparées qui se terminaient en véritables hécatombes et à la propagande
pacifiste de l'arrière, c'est seulement un an après l'armistice que des
troubles vont secouer la Royale.
En 1919, la guerre achevée, bon nombre de marins ne sont toujours pas
démobilisés et se trouvent de fait entraînés dans une opération destinée
à défendre les intérêts de la bourgeoisie internationale. Le " ras-le-bol
" et le refus plus ou moins conscient de jouer aux contre-révolutionnaires,
de se transformer en " marines " de la bourgeoisie vont aboutir à des
mutineries : en mer Noire, en avril 1919, entre autres, celle du France
et celle du Protêt, la plus connue en raison de la personnalité de l'officier
mécanicien Marty, et aux larges des côtes grecques en Juin, celle du Guichen
où s'illustra Tillon.
Marty et Tillon, en rejoignant le Parti communiste, furent l'objet d'une
campagne publicitaire qui rejeta au néant de l'histoire les noms d'autres
mutins tout aussi authentiques.
Espérons que le texte présenté ici, extrait d'un numéro de 1953 de Contre-courant
les ressortiront de l'ombre.
Ces textes ont été écrit peu après l'éviction du P.C.F. de Marty, l'ancien
des brigades internationales d'Espagne où les anarchistes le surnommèrent
avec mépris le boucher d'Albacete, et l'ancien résistant. Epoque
où le parti se débarrassait de ses fortes "têtes", et où Marchais commençait
son ascension.
LES PRÉMISSES
L'affaire des marins de la
mer Noire est plus ancienne que les événements d'avril 1919 qui ne sont
que les conséquences de l'action révolutionnaire menée à bord du France
dés 1914, au mois de juin, par les jeunes camarades des Jeunesses syndicalistes
de Nantes, Saint-Nazaire, Brest et Paris, embarqués au titre des classes
1912 et 1913.
Poincarré et Viviani furent accueillis à bord, à Dunkerque, le 15 juillet
1914, au chant de l'Internationale.
Revenus de Suède après une visite au tsar de toutes les Russies, nous
étions le seul bateau à Brest qui n'entonnait pas la Marseillaise à la
déclaration de guerre.
En 1913, dans l'Adriatique, un groupe révolutionnaire est constitué à
bord du France, qui comprend 50 abonnés à "Ce qu'il faut dire"
(CQFD) et fonde une bibliothèque de plus de 300 volumes en 1916.
En 1917, la contradiction est portée sur le pont à l'aumônier en chef
d'escadre. Rollin-Gosselin, coadjuteur du cardinal Àmette, puis un grand
nombre de camarades, dont je faisais partie, refusent au commandant de
cesser la correspondance que nous entretenions avec Sébastien Faure.
Toujours en 1917, en août, le barde breton Théodore Botrel vient donner
à bord un concert, auquel assistent trente à quarante personnes.
Un vrai désastre !
Durant ce temps nous organisons sur la plage, en riposte, un concert qui
groupe 800 matelots. Des incidents vont surgir. Se rendant compte du fiasco
qu'il subit, le commandant nous fait évacuer.
Nous répondons par l'Internationale, la Jeune Garde, Révolution.
Bousculé par le capitaine d'arme, je le frappe, suis arrêté et mis en
prévention de conseil de guerre. Démarche auprès de Clémenceau, président
du Conseil, qui se souvient de mon refus d'aller présenter les armes à
la messe, dans le passé.
Le vieux Tigre intervient en ma faveur ; j'ai eu un non-lieu, mais trente
camarades sont débarqués. Par mesure disciplinaire, je vais sur un autre
bateau en surveillance, d'autres aux sections spéciales à Calvi, mais
nous laissons à bord du France trois ans de propagande révolutionnaire
et anarchiste.
Albert Cané,
animateur du "Comité des Marins"
(l) Edltion Digitale,
en venté à la librairie du Monde libertaire.
Affiche éditée
par la Fédération Anarchiste en soutien aux mutins de la
Mer Noire.
autres
articles :
19 avril 1919, mutinerie en Mer Noire
(René Lochu) ;
Lettre
de démission au comité confédéral CGT (1914)
; Les
anarchistes et la guerre de 14/18 ;
le manifeste des
seize & réponse au manifestedes anarchistes de Londres
;
Malatesta réponse au manifeste des seize ; Déclaration
de l'internationale anarchiste (1915) ;
Louis
Lecoin et devant le conseil de Guerre ;
A
lire :
Libertaires, mes
compagnons de Brest et d'ailleurs " René Lochu
Louis la Gigne T1 (bande dessinée dans laquelle le "héros"
est un des marins de la Mer noire).
Dans la mêlée sociale (Nicolas Faucier)
|