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" La période de la Révolution
de novembre et de la République des conseils qui suivit alors fut très
importante non seulement pour la conscience politique de Mühsam - il intégra,
par exemple, l'idée des conseils à sa conception de l'anarchisme -, mais
aussi pour son oeuvre littéraire.
Le drame Judas(1921), qui doit être appréhendé comme un paradigme de la
vie de Mühsam et de sa recherche d'unir anarchisme et littérature, intègre
les expériences de la Révolution de novembre et de la République des conseils.
Les poèmes du recueil intitulé Terres brûlantes (1920), dont le sous-titre
est Vers d'un combattant, traitent du même thème. " (1).
En janvier 1918, les ouvriers
des fabriques de munitions déclenchèrent contre la guerre une grève générale
qui, malgré son extension à l'ensemble du pays, fut de courte durée. E.
Mühsam soutint cette lutte et harangua les travailleurs des usines Krupp
de Munich. De Plus, il avait refusé son incorporation au Service auxiliaire
patriotique qui venait d'être instaurée A la suite de cette action, il
fut arrêté et assigné à résidence surveillée à Trauenstein.
Double pouvoir
Relâché le 5novembre, il participa
aussitôt aux actions contre la guerre.
Au cours des. trois jours qui suivirent, il prononça des discours pacifistes
devant les casernes munichoises. Il reprit la publication de la revue
"Kain" (2) et fonda l'Union des internationalistes révolutionnaires. Après
le 7 novembre, il participa à la création du R.A.R. (Conseil révolutionnaire
des ouvriers) dont il devint l'un des leaders. Le conflit larvé, qui opposait
les conseils ouvriers au gouvernement Eisner (cf. M.L. n° 569p. 10), "
(... ) s'enflamma à l'annonce, pour le 12 janvier 1919, de la date des
élections au Landtag.
Lors d'une manifestation (NdT : le 7décembre), Mühsam prit la parole contre
les élections et attaqua la presse bourgeoise. Il rapporte ainsi la suite
des événements :
L'assemblée me pressa de mener une action contre un journal clérical particulièrement
détesté. Comme un millier de soldats environ se joignit à nous en chemin,
l'occupation de presque tous les journaux bourgeois de Munich fut réalisée
dans la nuit. Immédiatement alerté par les réactionnaires, le ministre-président
Eisner convoqua rapidement le commandant militaire de la place et le chef
de la police et chercha avec eux toutes les solutions possibles pour rétablir
la situation. " (E. Mühsam, VonEisner bis Leviné p. 15)." (3).
Finalement, l'ordre fut rétabli
par les troupes restées fidèles au gouvernement, aprèsque les insurgés
se furent attaqués au ministère de l'intérieur et qu'ils eurent tenté
d'obtenir la démission de Auer (le ministre de l'intérieur,réformiste
social-démocrate). "Craignant que des perturbations dans le déroulement
du scrutin de la part du K.P.D. (Ndt : parti communiste allemand)et des
anarchistes (les deux organisations appelaient au boycott), (... ) Eisner
fit arrêter douze personnes, le 10 janvier, parmi lesquelles Mühsam et
Max Levien, le leader du K.P.D. "
Par cette tentative, écrit Mühsam, il alla au devant d'un échec décisif
et s'aliéna la sympathie des masses les plus radicalisées (...) spontanément,
une gigantesque manifestation se rassembla devant le ministère exiger
notre libération... " (E. Mühsam, Von Eisner bis Leviné, p. 15). Mühsam
dût être relâché et, dans cette affaire, il vit la preuve qu'il était
soutenu par la base. Ses discours incendiaires trouvaient un terrain fertile
dans la fraction la plus radicale de la classe ouvrière munichoise. "
(...)
Pour Mühsam, commença alors la période la plus décisive ; entant que porte
parole du R.A.R., il s'entendit avec le K.P.D. sur les mesures susceptibles
de provoquer l'établissement de la République des conseils. Le 28 février,
au Congrès des conseils, il fit la proposition au nom du K.P.D. et du
R.A.R., de proclamer la République des conseils. Cette proposition fut
pourtant rejetée par 234 voix contre 70.
Les raisons de ce refus tiennent à la position majoritaire du S.P.D. (parti
social-démocrate) et à l'hésitation de quelques révolutionnaires, parmi
lesquels Landauer, qui pensaient que cela était prématuré " (3). Le développement
de la République des conseils Le 4 avril, c'est à son instigation que
les Conseils ouvriers d'Augsbourg proposèrent de proclamer la République
des conseils de Bavière. Le 6 avril, soutenu par Toller (4) et Landauer,
il invita le Conseil central à se prononcer sans plus tarder et sa proposition
fut enfin acceptée (5).
Malgré les sollicitations,
Mühsam ne voulut occuper qu'un poste secondaire au seindu Conseil des
commissaires du peuple. Il fut chargé des relations avec l'Europe orientale
et, dès le 7avril, il entreprit d'entrer en contact, par radiogrammes,
avec Moscou et Budapest - la République des conseils de Hongrie avait
été proclamée le 21 février.
Mais surtout, Mühsam tenta de toute ses forces et de toute son influence
au sein du R.A.R. de lutter contre la division des forces révolutionnaires
(6) qui freinait la mise en place du système des conseils, et se proposa
comme intermédiaire. " Entre temps, il avait accepté la critique avancée
par les communistes, selon laquelle la proclamation de la République des
conseils avait été prématurée, dans la mesure où l'extension de la vague
révolutionnaire à tous les pays et l'agitation au sein de l'armée auraient
dues être garanties. Mais, il ne comprenait pas pourquoi le K.P.D. ne
se décidait pas à collaborer, eu égard à cette nécessité.
Après l'échec de ses négociations directes avec les communistes, parmi
lesquels Leviné (7), et pour convaincre les travailleurs de sensibilité
communiste de collaborer, il tenta de prendre la position d'un communiste
en opposition avec la direction.
Le 9 avril, il rédigea un appel dans ce sens, qui doit être replacé dans
le cadre de cette ambivalence : " La Bavière est une République des conseils
! " Sans égar dpour les controverses de vos dirigeants, la population
laborieuse doit s'unir pour réaliser le socialisme et le communisme !
(... ) " La dictature du prolétariat est chose faite ! " Une armée rouge
doit immédiatement être constituée ! " L'alliance avec la Russie et la
Hongrie doit être conclue ! (... ) Le nouveaupouvoir devra organiser,
aussi vite que possible, de nouvelles élections aux conseils d'entreprises
sur des bases révolutionnaires, à partir desquelles le système des conseils
doit s'édifier de la base au sommet. " (E. Mühsam, Von Eisner bis Leviné,
p. 61).
De ce tract programmatique, qui se différencie à peine des tracts du K.P.D.
des débuts de la République des conseils, Mühsam ne donne qu'une explication
: " La direction du K.P.D. (Ligne Spartakus) - groupe local de Munich
- se plaça, pour des raisons de principe, hors de la gestion provisoire
de la République des conseils. Espérons que la contradiction sera bientôt
résolue par la décision de nouvelles élections d'entreprises sur des bases
révolutionnaires et desquelles doit définitivement résulter le pouvoir
prolétarien. " (E. Mühsam, Von Eisner bis Leidné, p. 61).
Les illusions que Mühsam avaient
placées dans les élections d'entreprises s'envolèrent le 11 avril, lorsque
l'ensemble des conseils d'usines de Munich organisèrent un rassemblement
à la Hofbrâu (... ). Lorsque les représentants de tous les partis se furent
exprimés, il devint clair que, désormais, le K.P.D. refusait de participer
à la République des conseils. " Une minorité des membres du parti, parmi
lesquels Levien, approuvait tandis que la grande majorité affirmait énergiquement
sa volonté d'accord. Levien trouva un auxiliaire en la personne d'un communiste
berlinois qui repoussa avec une très grande nervosité le principe de l'unité
du prolétariat, tant qu'elle n'aurait pas lieu sur les bases du K.P.D.
(7). "(E. Mühsam, Von Eisner bis Leviné, p.66).
Bien que la réunion des conseils
d'ateliers votât la confiance au gouvernement des conseils, les communistes
demeurèrent sur leur position de refus. Les 12 et 13 avril, une armée
de volontaires, qui avait été envoyée par le gouvernement Hofmann -réfugié-
à Bamberg, fit une tentative de putsch. Avant d'être repoussée par le
K.P.D. (NdT : selon d'autres sources, il semblerait que le K.P.D. n'ait
pris aucune part à cette action), elle parvint à arrêter Mühsam et onze
autres membres du conseil central. " Erich Mühsam fut d'abord enfermé
à la forteresse d'Ansbach.
Lorsque commencèrent les procès contre les meneurs de la République des
conseils (NdT : après que celle-ci eut été liquidée), l'accusation contre
lui fut transformée en plainte en diffamation. Il fut condamné comme "
agent provocateur " à 15 ans de prison et fut conduit à Niederschônenfeld.
Réflexions et bilan " C'est seulement à partir des faits bruts, que l'on
peut juger la portée de cette période sur l'évolution de Mühsam. Dans
la période qui avait précédé la Révolution de novembre et la République
des conseils, il avait manifestement manqué de soutien au sein du mouvement
ouvrier. " Ses efforts pour se créer, de ses propres forces, des appuis
au sein du groupe Action devaient nécessairement s'enliser dans les limites
d'un groupe restreint.
D'une manière générale, la gauche révolutionnaire bavaroise n'était pas
non plus particulièrement florissante en 1918 (... ). C'est seulement
à lami-décembre 1918 que se forma le groupe local du K.P.D. de Munich
(...). Mais ce groupe local s'était à peine consolidé qu'il inclina vers
des idées anarchistes. Comme, en outre, un forum permettant un certain
progrès pour tous les radicaux de gauche avait vu le jour avec la fondation
du R.A.R. et comme les conceptions anarchistes semblèrent aussi reprendre
de l'influence (les bolchevicks avaient fait leur le slogan anarchiste
:" Tout le pouvoir aux conseils "), Mühsam crut avoir trouvé son rôle
comme médiateur. " Bien que ses appels à l'unité fussent restés sans réponse
de la part du K.P.D., il demeurait pourtant convaincu, d'après l'expérience
munichoise, de parvenir à restaurer une alliance entre les disciples de
Marx et de Bakounine.
Dans une lettre au Knief de Brême en 1919, il écrit : " Les méthodes théoriques
et pratiques d eLénine pour réaliser la révolution jettent un pont sur
lequel peuvent se rencontrer les disciples de Bakounine et d'un Marx débarrassé
de Kautsky et de Bernstein (... ). " Comme cela apparaît dans le tract
du11 avril, déjà cité, l'idée centrale qui, selon lui, devait permettre
l'alliance, était l'idée des conseils. " A cette époque, Mühsam ne pouvait
prévoir que les bolchevicks s'étaient appropriés la revendication populaire
des soviets par tactique et que, par la suite, ils liquideraient les soviets
dès que leur parti se serait installé en situation de pouvoir ( ... ).
Toutefois, la tentative de Mühsam de rassembler des éléments bolchevicks
et anarchistes doit être perçue comme un essai d'adaptation de la théorie
anarchiste au stade de développement des méthodes révolutionnaires.
Le succès de l'idée des conseils au sein du mouvement anarchiste allemand
peut lui être essentiellement attribué... " (8).
Philippe Groupe Kropotkine
(1) WHAUG, " Erich
Mühsam, Schriffsteller des Révolution -, p. 31.
(2)Fondée en avril 1911, cette revue mensuelle fut publiée par Mühsam
jusqu'à la guerre. La seconde série de" Kain " fut éditée de novembre
1918 jusqu'à l'arrestation de Mühsam, en avril 1919.
(3) W. HAUG, " Erich Mühsam,... " pp. 32-33.
(4) Ernst Toller qui fut influencé à la fois par K. Eisner et G. Landauer,
fut Président du Conseil des commissaires du peuple jusqu'au 13 avril.
Pour plus de renseignements, se reporter à l'article sur Ernst Toller
qui sera publié la semaine prochaine. La proclamation de la République
des conseils de Bavière, intitulée " Au peuple de Bavière ", futrédigée
conjointement par Landauer et Mühsam.
(6) Cette position doit être rapprochée de celle de Malatesta lors du
mouvement d'occupation des usines en 1920 (cf. ses articles " Front unique
prolétarien " - du 8 août 1920 et " Notre tâche actuelle " - du 21 août1921).
(7) Eugen Leviné fut envoyé à Munichpar la direction du K. P. D en mars
1919, pour rétablir l'ordre dans les rangs du parti et mettre fin d l'unité
d'action pratiquée jusque là par les anarchistes et les communistes.
(8) W. HAUG, " Erich Mühsam, ... ", pp.36-40.
un
numéro de la revue Kain
Les autres
articles :
Les
spartakistes ;
Bavière 1919 république ou révolution ;
Rudolph Rocker
;
A lire
:
La république des conseils de Bavière (Erich Müsham)
; Rudolph Rocker (Revue Itinéraire)
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