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Pour fait de propagande (notamment
à travers le libertaire), Louis Lecoin comparaissait devant le deuxième
conseil de Guerre le 18 décembre 1917. Pendant son emprisonnement, il
reçut un ordre de mobilisation afin de rejoindre une unité combattante
à sa sortie de prison.
Il envoya au gouverneur militaire de Paris la lettre suivante :
Je pense fermement qu'un homme peut et doit se refuser à en assassiner
d'autres. La guerre fomentée par le capitalisme mondial est le pire des
forfaits, je proteste contre lui en ne répondant pas à l'ordre de mobilisation.
En obéissant pas aux injonctions de la soldatesque, en refusant de me
laisser militariser, j'agis conformément à mon idéal anarchiste. Je suis
logique avec mes idées et reste d'accord avec mon cœur qui souffre au
spectacle de ces laideurs et avec ma conscience qui s'indigne que des
individus accumulent tant de misères.
Evidemment, Lecoin fut renvoyé au conseil de guerre sous le chef d'accusation
"d'insoumission".
Il ne fut même pas écouté, à peine avait-il pris la parole qu'elle lui
fut brusquement retirée. Sans autre forme il fut condamné -en son absence-
à cinq années de prison militaire et à dix-huit mois de prison pour trouble
de l'ordre public.
Un groupe d'anarchiste 1918.
Voici le texte qu'il
n'a pas eu le temps de lire au tribunal :
" Ma présence sur ces bancs,
la raison qui m'y amène, indiquent mon horreur de la guerre et ma réprobation
pour les gouvernants de France, responsables au même titre que ceux des
autres pays belligérants de ce massacre d'humaines et coupables de le
prolonger. Pour la Lutte sociale, pour mener le combat qui délivrera les
masses laborieuses de l'oppression capitaliste, mes préférences sont acquises
aux méthodes révolutionnaires et d'action directe.
Si les circonstances s'y fussent prêtées, j'aurais employé, pour favoriser
mes idées, pour stigmatiser pareille folie de destruction, des protestations
moins bénignes que celle qui ne vaut d'être traduit à cette barre. Ainsi,
mon refus de me laisser militariser doit être interprété, non comme l'acte,
honorable certes d'un disciple de Tolstoï, mais comme celui d'un anarchiste
qui, n ayant pu œuvrer autrement selon la logique de ses convictions,
souffre de son impuissance à enrayer les forfaits qui l'émeuvent et l'indignent,
mais s'oppose à ce qu'on se serve de lui pour satisfaire des appétits
inavouables.
Vous, mes juges, je n'espère pas vous convaincre...
Vous faites partie de la classe dominante qui a voulu la guerre.
Donc vous ne reconnaîtrez jamais les vilains et cupides motifs d'ordre
politique et économique qui firent que la bourgeoisie déchaîna cette calamité.
Vous n'admettrez jamais non plus que les quatre militants que l'Etat jette
chaque mois en pâture aux requins petits et gros, expliquent le jusqu'au
boutisme effréné étalé partout...
Non, Messieurs, je ne vous connaissais pas trop d'intérêts vous lient
à la carte funeste qui vous paie. Aussi je n'établirai pas devant vous
en détail les responsabilités que les puissants de la finance, de la métallurgie,
de la politique, de la presse française, encourent dans cette guerre.
Responsabilités identiques, d ailleurs, à celles de leur collègues et
complices d'outre-Rhin; qu'ici les thuriféraires du pouvoir nous ont assez
serinées.
Puis le temps n'est pas aux
discussions oiseuses; en de semblables époques, on n'échange pas ses vues,
on les impose...
Hélas ! plus de quinze millions d'hommes tués n'apaisent pas la fringale
des imposteurs sanglants qui disposent à leur gré de la vie et du bien-être
relatif des foules. Les Rothschild, les Schneider, les Clemenceau, les
Bunau-Varilla n'ont pas atteint leurs buts de guerre. L'occasion est unique
d'emplir leurs coffres-forts. Peu leur importe que ce soit au prix de
tant de sang et d'infamies.
Reste à savoir si, pour la bonne fortune des bourgeois, les prolétaires
alimenteront indéfiniment cet abattoir monstrueux. A la faveur des scandales
qui éclatent de toutes parts, éclaboussant et démasquant les profiteurs
du régime; en raison des misères incalculables dont ils supportent seuls
le fardeau, les ouvriers, à l'exemple de ceux de Russie, qui tirent enfin
les bénéfices de leur révolution, com-prendront assurément qu'on les abuse
et ce seront d'être dupes des promesses fallacieuses et des tirades patriotiques
avec lesquelles les sinistres bateleurs Poincaré, Guillaume II, George
V et autres Wilson les bernent et les font s'entre-détruire.
Messieurs du Conseil de guerre,
j'ai motivé mon refus d'aider à la guerre; vous savez les mobiles qui
me guident et vous les apprécierez comme il vous conviendra.
Vous pouvez me condamner...
J'aurai satisfait aux exigences de ma conscience, et le grand contentement
moral que je ressentirai fera que je subirai presque allègrement l'emprisonnement
que vous m'aurez infligé.
Je me consolerai encore de votre sentence en pensant que, tôt ou tard,
malgré les soutiens du capitalisme fomenteur des guerres, les peuples
que l'on martyrise aujourd'hui, se révolteront, s'affranchiront du joug
qui les écrase et remplaceront votre société anti-sociale par une autre,
dans laquelle ils éprouveront la joie de cheminer sur une terre féconde
en joies pures, également reparties.
Louis Lecoin
paru dans Ce qu'il faut
dire

1962, Louis lecoin
entamme une grève de la faim afin d'obtenir le statut d'objecteur
de conscience. Tous les jours devant l'hopital Bichat : rassemblement
de soutien.
Les
autres articles :
Louis
Lecoin ; Lecoin
arrache le statut des objecteurs ;
Lettre
de démission au comité confédéral CGT (1914)
; Les
anarchistes et la guerre de 14/18 ; le
manifeste des seize & réponse au manifestedes anarchistes de
Londres ;
Malatesta réponse
au manifeste des seize ; Déclaration
de l'internationale anarchiste (1915) ;
les prémisses
des mutineries de la Mer Noire (1919) ; 19
avril 1919 mutinerie des marins en mer Noire ;
A
lire :
Lecoin : Le cours d'une vie ; Le cas Lecoin (Volonté
anarchiste)
L'âge
des casernes, histoire et mythes du service militaire (Michel Auvray)
A
voir :
Le cours d'une vie (VHS)
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